3 juil. 2006

L'impasse quinquennale

La session parlementaire est finie. Ouf !!
De Villepin a remisé les 555 connards* d'élus aux Intervilles et autres Toro-piscines de leurs cisconscriptions. Pendant les travaux d'été la vente continue, la vente d'illusions. Si seulement la France parvenait à Berlin et gagnait cette finale dimanche, on pourrait appeler Bouteflikha pour faire la paix des mots, et l'ambiance du Fort Brégançon serait plus détendue.
C'est là que vont commencer les adieux de Pinarque à la République. Dans onze mois, le Chirac fan club passera à compte d'auteur et ses frais de bouche payés avec une carte Visa. Mémoriser le code et savoir patienter quand s'affiche "autorisation en cours". Une révolution !

La France aura perdu douze ans. La mandature chiraquienne restera comme la plus inutile et la plus coûteuse. A aucune des grandes questions budgétaires, dette publique, sécurité sociale, retraites, nous n'avons répondu. Le pays a dégringolé toutes les échelles des classements internationaux ; et malgré les incantations morales de tous bords et les amnisties à répétition, il tient la corde en Europe occidentale pour la corruption publique.
Faut-il acheter l'équipe portugaise ?

Le pays est en outre complètement bloqué par les contrepouvoirs démocratiques, les corporatismes et les complots alors qu'il lui faut absolument faire face à de gigantesques défis chaque semaine qui passe. A tel point que certains esprits plus éveillés s'interrogent sur la prolongation du régime lui-même qui a tellement dévié du modèle original qu'il en est méconnaissable.

D'un côté, la bureaucratie inexpugnable qui dévore les ressources de la nation, verrouille toute réforme à son intention et retricote le soir ce qu'elle a consenti à détricoter le matin ; de l'autre, un exécutif sans pouvoirs réels qui joue à gouverner, se laisse convaincre par les sondages d'une ardente obligation de régler les moeurs particulières dans le plus petit détail pour convaincre l'Opinion de réunir une majorité éphémère à un instant T. Tous les candidats à l'Elysée font la course aux moeurs minoritaires, leurs programmes enfoncent des portes ouvertes d'égalité et de liberté, et distribuent largement des moyens qu'ils sont incapables de gagner. Il n'y a ni génie, ni confiance, ni vista.

Pendant ce temps de véritables empires émergent au milieu de grands craquements. Les nôtres sont en décadence comme il en va de toute œuvre humaine un jour. Il faut savoir gérer la redistribution des cartes dans les domaines premiers de l'énergie et de la sécurité. Mais on panique à l'idée d'ouvrir des négociations de ce niveau avec les zozos de notre classe politique. Nos démocraties parlementaires sont-elles en déclin ? A voir l'extrême contentement des gens du G7, on ne le dirait pas : Se ranger en ordre de bataille pour une question de vie ou de mort ne semble pas à l'ordre du jour en Occident. Pourtant les gens du commun, même abrutis de consommation, sentent bien que le sol se dérobe.

Parlant de la pression insoutenable de la globalisation sur les démocraties occidentales, le Pr. Horst Möller de Munich disait dans un Figaro de la semaine dernière :
Pr Horst Moeller de Munich"Des hypothèques politiques de cette importance conduisent tôt ou tard, si elles ne sont pas éliminées à temps, à des débâcles économiques, à des crises sociales et à des crises de régime, parce qu'elles ôtent aux structures existantes leur légitimité. Abstention, vote-sanction, difficulté croissante à réunir une majorité, ralliement à un homme fort, mouvements extraparlementaires diffus qui promettent de désactiver les antagonismes naturels d'une société démocratique pluraliste au profit d'une unité nationale et de résoudre des problèmes complexes par des solutions idéalement simples".

Effectivement la légitimité est déniée au pouvoir actuel, s'il conserve encore la légalité. A preuve la rue prime le parlement qui est reclassé à l'étage subalterne d'enregistrement des humeurs populaires.
En attendant le bilan du désastre chiraquien on peut se poser la question fondamentale avec le Pr. Möller :
"Notre conviction selon laquelle l’Etat de droit est la norme et la fin de l’histoire, ne résiste pas plus aux expériences historiques faites de grandeurs et de décadences des Etats et des structures de pouvoir, des systèmes de valeurs et d’organisations sociopolitiques."

Acceptons-en l'augure en un sens car la situation actuelle ne peut plus durer. Par quoi la remplacer ?

Il faut entendre tout le pays et stabiliser l'Etat au plus haut niveau pour qu'à tout le moins son pouvoir de nuisance soit diminué et sa fonction de justice accrue. Le quinquennat et son corollaire parlementaire s'avèrent une horreur politique car ils engendrent une campagne électorale de presque quatre ans sur cinq. Les désordres de l'Exécutif participent de l'affaissement moral de la Nation puisque l'exemple vient d'en-haut. Il faut retourner au septennat et peut-être même au suffrage indirect pour le président de la République afin de gagner en dignité.

Mais rien ne s'arrangera en France tant que la représentation nationale sera cuisinée dans des lois de circonstances afin de chercher des majorités légales qui n'existent pas dans le pays réel. La proportionnelle intégrale est la seule réponse qui permettra d'entendre toutes les sensibilités. On devra l'accompagner d'une pédagogie de gouvernance visant à constituer des gouvernements de large coalition. Et profitons-en pour stigmatiser ouvertement les nomenklaturistes qui s'abandonneraient à des jeux politiciens de back office. Impossible ? On n'a jamais essayé le pilori en république !

La France peut avoir l'ambition d'être le premier des pays moyens, ce qui devrait bénéficier à ses peuples en tous domaines. Réarmement moral, redressement économique, assainissement budgétaire sont incontournables et doivent être menés par des leaders notoirement intègres. La pente actuelle dirige notre beau pays vers la primature des petits pays sans voix au chapitre. C'est dommage.

Note (*): C'est de lui.

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