28 juil. 2006

Un pont trop loin

Nul ne peut détruire Tyr et Sidon, à moins d'appartenir à la horde des Huns. Le gouvernement civil d'Ehoud Olmert a fondu les plombs. Obéissant aux injonctions de la Maison Blanche qui fermera les yeux sur les "casualités" pourvu que la sélénisation du Sud-Liban soit la plus brève possible, Amir Peretz a mobilisé un complément de réservistes pour engager à fond trois divisions sur le plateau libanais. Sans doute a-t-il obéi aux conseils du vieux sage Shimon Perez qui lui a répété que sa stratégie à longue portée conduisait Israël au désastre si le Hezbollah n'était pas éradiqué avant que la communauté internationale ne se lasse, sans parler de l'opinion intérieure qui compte les victimes militaires et civiles.

Mais comme nous le disions hier, la démarche est nulle dans sa conception, et déjà vouée à l'échec du moment que le Liban même rasé ne pourra pas être mis au pas ! La carte dessous (© Steppique Hebdo) mesure grossièrement la portée des missiles chiites à partir de la rivière Litani, ligne réputée être le nouveau front acceptable. Les modèles sont repérés par un chiffre : (1) la katioucha, (2) le Fajr-3, (3) le Fajr-5, (4) le Zelzal-2, (5) le C-802 et (6) le Zelzal-2 sans guidage (comme les Scud de Saddam).

carte des missiles
A noter que la katioucha mord sur la frontière israélienne et tient sous son feu toute la future zone de sécurité.

On comprend dès lors que ce sont les missiles qui posent problème. Le Hezb en aurait tiré 1500 en 15 jours mais c'est invérifiable. Si ce sont bien les miliciens qui les actionnent, c'est l'Iran et la Syrie qui les fournissent. Ces deux pays, bien qu'antagonistes théoriquement au plan de l'islam, sont étroitement alliés depuis la guerre saddamite Iran-Irak. Rien ne pourra aboutir s'ils ne sont pas convoqués à la table de la paix. Les experts onusiens en conviennent, mais ils sont bien les seuls. Même la France leur refuse une chaise par principe ! Or nous serions bien avisés de nous asseoir sur tous ces principes avant une déflagration générale dans la région. Normalement on ne discute à fond qu'avec ses ennemis ; avec ses amis c'est du réglage ou du minaudage, sans plus.

Partant du postulat qu'il est inutile de discuter avec Israël qui est complètement tétanisé par l'exode de sa population bombardée et l'assouvissement de sa vengeance, il faut se rapprocher de la Syrie d'abord. Après les finasseries d'usage, il conviendra de lui offrir un marché entre la confiscation des missiles détenus par le Hezb et l'enlisement volontaire des poursuites visant à l'impliquer dans l'assassinat de Rafic Hariri. Il est mort. La Syrie a déjà payé par son expulsion du Liban. Next point !

Reste l'Iran ! On parle de croissant chiite quand on relie les intérêts iraniens en Irak, en Syrie et au Liban. C'est peut-être sur ses intérêts irakiens que se situe le point d'appui du levier anti-iranien. Représentant la composition de son peuple, l'Assemblée irakienne et le gouvernement qui en est issu sont majoritairement chiites. Assemblée et gouvernement ont vocation à administrer toute la République d'Irak. Mais l'accélération de la guerre civile, qui oblige d'ailleurs les Etats-Unis à lancer à Bagdad notre "bataille d'Alger", pourrait s'éteindre si l'on jette au panier le principe de l'unité irakienne qui jusqu'ici n'a servi à rien, et si l'on se déclare pour la partition.
Il serait assez facile, moyennant des déportations réciproques de population qui ont déjà commencé sous la pression du nettoyage ethnique, de repousser l'Irak chiite à l'est du Tigre et dans le marais du Chatt al-Arab, le coupant ce faisant de ses sanctuaires historiques qui demeureraient dans l'Irak sunnite. Le bédouin sunnite étant le loup de la fable irakienne, il n'aurait pas grand mal à maintenir son avantage territorial. Le Nord-est serait donné aux Kurdes, qui en expulseraient les Arabes (sunnites pour la plupart) au même motif de l'unité ethnique, ce qui renforcerait encore l'Irak sunnite.

Dans ce renversement des alliances et par le mépris de principes inapplicables, l'Iran avancerait ses pions jusqu'au Tigre certes mais serait définitivement barré de la jonction avec la Syrie, qui serait bien obligée de composer avec ses nouveaux voisins.
Talleyrand aurait posé la question subsidiaire : cette destruction de la république d'Irak n'est-elle pas préférable dans une négociation de paix au Moyen-Orient dès lors qu'elle récompense les loups et ce faisant la garantit ? Pourquoi la négocier contre la sécurité d'Israël ?
Mais soyons tranquille notre "bas-de-soie" est un cardiologue pyrénéen qui ne risquera pas la rupture d'anévrisme sur le billard ...... à trois bandes.

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