2 sept. 2006

Barbecue ducal, le retour

Mes errances en Basses Cévennes pour fuir la canicule de Paris m'ont jeté dans le four de la garrigue. Ne pouvant combattre longtemps l'astre implacable au cabernet franc, merlot et autre cinsaut de pays, je dus indiquer à la horde la ligne des sapins du nord où quérir un peu de fraîcheur. Mais la punition de la route fut pire que l'an dernier car je me suis égaré au passage du gardon complètement à sec et de ce fait très difficile à repérer.

Finalement à court d'essence mais pas de chance, je sautais le ru ducal et m'inquiétant du final qui avait été effacé des cartes routières pour préserver la quiétude de l'aristocratie locale, j' entendis répondre la bergère moustachue que j'avais questionnée : "Mais tout est au duc ici, monsieur, tout est au duc, tout est au duc". Je n'allais pas tarder à le vérifier.

La grille du château était ouverte, les mâtins de Naples absents ou enchaînés, j'aventurais mes pneus japonais jusqu'au parcage.

Le duc était resplendissant, la duchesse pas moins et les petits ducs itou. La collation vite expédiée, vint l'action de grâces traditionnelles que je dédiais spécialement ce jour-là à saint Christophe. L'oratoire était à la cime du domaine et nous partîmes confiants, mais sans cierges.
Heureusement, car il y avait quatre cent mètres de dénivelé à pic sur un sentier refusé par les chèvres ; nous n'en croisèrent aucune, d'ailleurs il n'y aurait pas eu la place !
Ah ... quelle vue de cette croix plantée là par des elfes planeurs, protégeant de son ombre les eaux noires du petit lac de Villefort, et par derrière défiant courageusement le gros mont Lozère qui la menace en permanence de ses foudres. A voir les copeaux qui jonchent la bruyère, elle dérouille souvent à l'éclair ! Et là tout en bas, minuscule, le village où l'on serre les gueux, puis en remontant des yeux gentiment le vallon, la demeure, impassible, coriace, mais quand même asséchée. La bise me mit la larme à l'oeil.

L'homme est un bâtisseur ; c'est le seul caractère qu'il partage avec les termites. Il ne peut s'empêcher de construire pour rehausser l'éphémère de son empreinte. Est-ce la proximité du lac artificiel, les gorges terrifiantes du Chassezac ? Il ne me l'a pas dit, mais le duc nourrissait in petto le projet de détourner le ru ducal vers un bassin d'ornement où il souhaitait mettre des nénuphars posés là à l'attendre, avec des truites de compagnie.

Sous un éclairement précis on pouvait relever l'aimable arcure horizontale d'un bassin sans doute wisigothique qui avait enchanté les dynasties premières, et à son invite de fouiller un peu ce qui aurait pu être tout autant une nécropole, nous nous saisîmes, le petit duc et moi, des ustensiles aratoires convenables laissant aux autres la brosse à dents et les queuillières. Il y faut une infinie patience que j'ai usée dans les embouteillages !
Au troisième jour, ni crâne, ni bronze, pas une piécette d'or, on décida que le coin ferait le bonheur des grenouilles et qu'on pouvait avancer, sans dommage pour l'Histoire, une pelle mécanique. J'irai y nager l'an prochain, si Phoebus exagère autant que cette année-ci.

la croix est cachée par les châtaigniers, le Lozère au fond

Au retour, nous fîmes escale à Chamborigaud rien que pour le joli nom. Au Prisunic local nous dûmes constater que le rayon "pinard" était vide comme pendant l'Occupation, et la caissière nous avoua que la municipalité avait coupé l'eau par rupture des pompes. Je m'enfuis goguenard de ce trou d'ivrognes jusqu'à lire le lendemain dans la gazette régionale et libérée que la mignonne avait dit vrai. Chamborigaud était au régime sec. Enfin presque !

Au fait, pour le barbecue nous fîmes chou blanc. On craignait plutôt la neige. Comme quoi j'avais vu juste depuis mon ermitage au Castanet : En Haute Cévenne c'était vivable cet été avec des pulls.

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