5 oct. 2006

La 6è UDF

Bayrou dit le BonL'Union pour la Démocratie Française moquée souvent en UDF, vient d'accoucher de la constitution de la 6ème République en 95 articles sous le triptyque des trois nouveaux principes sacrés du centre mou, la responsabilité, la légitimité, le contrôle. La presse convoquée à la promulgation n'y cherche qu'une occasion de dispute avec les héritiers du Général. C'est une bonne copie, acclimatée à nos moeurs gauloises, du système américain ; sans doute est-ce cela qui crispe les gaullistes.

J'ai lu le pavé. Osez de même en cliquant ici.

Passons donc aux principes puisqu'on y pend tout (nous avons accéléré le texte d'origine béarnaise):

"La responsabilité veut que celui qui est élu gouverne. Ainsi le chef de l’Etat, élu par le peuple, doit être celui qui gouverne et rend des comptes au peuple au lieu de se dérober derrière un Premier ministre. Une fois par an le président de la République doit venir s’adresser au Congrès à Versailles pour un débat sur sa politique."

La révolution n'étant pas fille du Centre, on garde la fonction de premier ministre qui servira de secrétaire général. Il est dommage de ne pas détruire une des deux chaînes de commandement qui se font concurrence. Outre l'économie budgétaire conséquente, on éviterait les crocs-en-jambe et le flou artistique des dossiers qui fâchent.

"La légitimité du Parlement doit être rétablie en garantissant sa représentativité et en lui donnant la maîtrise de son ordre du jour".

Le peuple étant souverain, le malheureux, ses représentants veulent toute la légitimité et leur indépendance. La démocratie parlementaire va enfin retrouver ses marques de la quatrième république, à la différence près que le chef de l'Etat étant élu au suffrage universel direct, il n'aura de cesse de lutter pour sa propre légitimité. On prévoit de sortir de l'inévitable confrontation par le référendum. On porte les différends irréconciliables devant le peuple. Avec 80% de la classe d'âge au bac, c'est du billard ; lui, le peuple, saura qui des deux, le président ou le parlement, a raison !

Pour le reste, il ne faut pas bousculer les notables, dont beaucoup sont au centre pour raccourcir la distance à franchir vers le train du pouvoir qui passe. On ne touche pas au Sénat, et on appelle à l’Assemblée nationale les malchanceux, par la proportionnelle ajustée. "Représentés au Parlement nos concitoyens redeviendraient des acteurs de la vie publique" nous confient les experts UDF. Encore faudrait-il que ça les intéresse vraiment !

Troisième principe : "Le contrôle du pouvoir doit devenir une règle permanente, garantissant transparence et équité pour les Français. Les organes de contrôle doivent pouvoir être saisis directement par les citoyens. Le Conseil constitutionnel doit pouvoir s’auto-saisir en cas d’abus manifeste de pouvoir. L’Etat doit redevenir impartial. Les nominations aux plus hautes fonctions doivent s’effectuer selon des critères de compétence."

C'est beau, même si l'introduction de la déclaration à la presse nous rappelle ironiquement que : "Au fil des ans, la pratique des hommes a singulièrement corrompu l'esprit fondateur des institutions de la Ve République". Or il n'est pas question de déporter les actuels pratiquants aux Kerguelen pour se prémunir de cette dérive fatale.

Les 95 articles, difficiles à obtenir, visent surtout à conditionner la vente du projet constituant. Mais ne jetons pas l'eau sans la bassine et creusons ensemble.
Alors que les hommes politiques dans leur ensemble se plaignent, parce qu'ils ne le sont pas, que le président soit un monarque plus ou moins républicain - et les connaisseurs de leur faire remarquer que Chirac a plus de pouvoirs que Louis XIV - les UDF et les socialistes du club Montebourg, au motif d'agrandir l'espace politique du parlement et contenir l'hégémonisme naturel du président, le relèguent sur un piédestal. De cette position dominante, on ne voit qui et comment pourrait le faire descendre quels que soient les chimères qu'il lui prendrait de poursuivre. Jusque là nous avions un président inamovible pour cinq ans mais qui pouvait être contenu par un changement de majorité parlementaire et relégué dans des pouvoirs régaliens pour rire. Demain, c'est César ! Du Centre mou le schéma a de quoi étonner.

Le parlement foutoir, il suffit de se brancher sur la chaîne parlementaire pour savoir de quoi il retourne. On comprend le désintérêt de ses représentants qui soignent d'abord leur particulier avant le général. Certes la bronca de potaches au palais Bourbon est une marque très française, et la Nation un concept magique qui a du plomb dans l'aile. Mais on apprend à tout pardonner à la démocratie dès l'école, pour le cas où notre esprit se disperserait dans des constructions différentes. D'ailleurs l'article 89 de notre 5è constitution nous l'interdit. Mais sacraliser l'Assemblée nationale jusque dans la nomination des grands commis de l'Etat et du garde des sceaux, comme le prévoit l'UDF, revient à institutionnaliser la République des prébendes à tous les étages. Stavisky cogne dans sa boîte pour qu'on lui ouvre !

Le pays subit un réel déclin, dont il n'est pas entièrement responsable certes, mais qui doit être combattu par des institutions fondées sur des concepts politiques éprouvés au lieu de courir derrière des bulles abstraites dont on amuse les gogos qui n'y comprennent rien.

Il faut précipiter sur la Nation, tant qu'elle n'a pas complètement disparu écrasée sous un Etat pachydermique, une souveraineté indiscutable et visible, dotée de pouvoirs intrinsèques, un gouvernement quotidien de la société jusqu'aux limites de la liberté individuelle dans les droits énoncés en 1848 par exemple, et une organisation à la base, d'une nécessaire anarchie démocratique, garantissant des minima d'instruction et de solidarité.

Que l'Etat gagne en force ce qu'il doit perdre en poids, il deviendra invincible !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Archives steppiques