6 oct. 2006

Recolonisation ?

Dans Valeurs Actuelles de cette semaine, Christine Clerc cherche un peu la provocation dans un article intitulé "Faut-il recoloniser ?". Pour lire l'article cliquez sur le titre de ce billet. Ceux qui s'intéressent à l'Afrique, car il ne s'agit finalement que de ce continent, lisent l'article dans leur tête sans avoir besoin d'acheter la revue. Pour les autres, on peut résumer le discours en deux parties, un constat de déliquescence générale après la fin de la colonisation politique ou économique (RCI) ; le remède ? La massification d'une aide humanitaire contrôlée masquée derrière des faux-nez comme le jumelage de communes ou de conseils généraux. C'est un peu juste à mesurer l'enjeu !

Certes ces patronages (jumelages) sont assez efficaces, mais obligatoirement limités à des opérations ponctuelles, à peine de voir les efforts engloutis par le coulage national. Quoique nos moeurs publiques de travaux éponymes ne soient pas non plus des modèles de transparence !

Des associations courageuses installent des pompes d'irrigation, des écoles et même des manèges enfantins dont la rotation actionne des pompes de puisage. Génial ! Mais cela fait vingt ans que des gens admirables s'échinent sans grand tapage, à nul effet. Le problème de la misère africaine les dépasse.
"Mais le désert avance ..." dit la chanson.

Bamako
Lorsqu'on épaule tous ces microprojets par ceux de la coopération inter-étatique, on arrive dans l'espace plus visible du développement, jusqu'à s'apercevoir que l'on navigue en plein mirage. L'effort doit être soutenu, perpétuellement soutenu. Dès qu'il se relâche, le pays revient au stade antérieur, se déconstruit. Pis qui est, la progression vers un peu de meilleur est fragilisée par les cahots politiques, et l'ouvrage tient plus du mythe de Sisyphe que de la conquête, car au final la course s'avère perdue, et la misère avance toujours.

Le problème dépasse les capacités d'une seule nation parce qu'il faut traiter tous les pays ensemble afin de prévenir les interactions périphériques motivées par les stades différents de développement. A quoi sert-il de mettre le paquet sur la Guinée, si on laisse sur le bord de la route la Sierra Leone et le Libéria ? Ils vont s'inviter de force. Pareil pour le Congo et l'Ouganda, ou les deux républiques soeurs du Burundi et du Ruanda.

La presse anglo-saxonne moins révérencieuse que la nôtre, dévoile très régulièrement des exemples de gabegie gravissime dans les pays de la zone d'influence anglaise. Jusqu'au Mozambique, pays ruiné où les crédits internationaux pour relancer une agriculture commerciale pilotée par des expatriés du Zimbabwe, ont servi à bâtir un ministère de l'agriculture rempli de fonctionnaires et de limousines ! On passe là au-delà des limites de la corruption. On en arrive à la débilité mentale ; et les organismes internationaux qui assistent à ces enfantillages sont coupables eux-mêmes !

Si l'on souhaite que les peuples africains parviennent à vivre une vie heureuse au pays - mais le souhaite-t-on tant que ça ? - et incidemment qu'ils cessent d'émigrer vers le Nord qui commence à se sentir très chargé, il faudrait prendre les choses en main au niveau mondial, et s'ingérer : c'est une forme de recolonisation. Mais on pourrait l'appeler autrement : la Cinquième Guerre mondiale par exemple, la Guerre à la Misère !

S'il ne serait pas question d'immenses divisions blindées ou d'escadres, elle coûterait quand même le prix d'une belle guerre ; c'est à dire que nos économies seraient mises à contribution de manière importante jusqu'à y perdre sans doute quelques plumes. Peut-être que notre épargne serait séquestrée ou mobilisée par décrets pour cotiser à l'effort de guerre, et nos impôts accrus.
On comprendra vite que l'affaire doit être organisée par des états-majors rompus au Développement, dont le premier souci sera d'ôter de l'épure les obstacles traditionnels qui ont tout annihilé jusqu'ici. Et tout devra commencer par un plan qui couvre tout l'espace compris entre les deux tropiques, grosso modo 24°nord à 24° sud. Il s'agira dès lors de répondre dans des schémas transfrontières aux défis énergétiques, infrastructurels, éducatifs, sanitaires et démographiques.

Energie
Hydrocarbures, hydroélectricité, uranium et ensoleillement sont disponibles à profusion en Afrique noire et couvrent largement tous les besoins de développement. Le défi est de transporter l'énergie où elle se consommera. Il y a des projets maillants mais qui se heurtent aux péages nationaux, chacun voulant assécher financièrement son tronçon avant qu'il ne parvienne chez le voisin.

Matières premières
L'Afrique noire a tout à profusion. On la pille depuis cent ans,e t aureflux des Occidentaux contris succède l'afflux des Chinois avides.

Infrastructures
Plutôt que d'engloutir des sommes folles pour rallier par autoroute à six voies chaque capitale à son aéroport-international, on devrait investir dans un réseau ferré continental digne de ce nom ; c'est un transport de masse peu polluant qui s'il est bien conçu rend des services peu coûteux très longtemps. La Chine ne s'y trompe pas qui investit massivement sur le rail et les canaux. En Afrique il n'y a pas de réelles possibilités fluviales autres que celles qui sont exploitées aujourd'hui, mais qui peuvent s'améliorer. On doit en revanche créer des ports maritimes pour le cabotage.

Sanitaire
Toutes les pestes qui accablent l'Afrique sont répertoriées et les moyens de les combattre connus. Il suffit d'acheminer ses moyens et de les imposer dans des conditions morales et économiques acceptables. La guerre à la misère pourrait bien ruiner les laboratoires pharmaceutiques avant que de leur promettre l'embellie.

Démographie, éducation, instruction
Tout effort de développement dans les chapitres précédents doit être accompagné d'un effort identique dans le domaine éducatif et dans la formation professionnelle. Si on ne sait par quel bout prendre le problème, il suffit sans doute, au lieu de tirer des plans sur la comète, d'examiner comment la Chine est parvenu à éduquer son peuple et former sa main d'oeuvre. Copier n'est pas déshonorant. Ce ne sont pas les Chinois qui diront le contraire.

A chaque défi on connaît déjà sa solution. Ce n'est qu'un problème de mise en oeuvre. Ne nous leurrons pas, il faudra passer en force. Et c'est ici que le plan deviendrait difficile à appliquer.

Si les gouvernements élus seront maintenus en place comme interlocuteurs représentatifs de leurs peuples, il leur sera retiré le contrôle des banques, des trésors publics, des douanes et des impôts. La Banque Mondiale prendra le commandement des opérations et établira un proconsulat dans chaque sous-région pour appliquer son Plan de développement.
Les armées africaines seront dénationalisées et transformées en gendarmeries sous commandement international.

Bien sûr attendons-nous à des cris d'orfraies, mais les émeutes que fomenteront inévitablement les dirigeants menacés, comme aujourd'hui en Côte d'Ivoire ou au Zimbabwe, pourront être combattues par une propagande audio-visuelle massive expliquant inlassablement ce Projet Mondial, et en montrant ses avancées au fur et à mesure qu'elles seront présentables.
Vive les paraboles !

On peut espérer inverser la tendance au déclin en vingt ans, ce qui n'est pas si long.
Ceux qui ont séché leurs cours de géographie au collège peuvent cliquer ici pour obtenir une belle carte d'Afrique de National Geographic.
Pour les chiffres on se reportera utilement au World Factbook 2006 de ...... la CIA en cliquant là.

2 commentaires:

  1. l'ermite du gave06/10/2006 20:08

    à mon avis, c'est râpé, quelques soient les efforts, si on continue comme actuellement, et pas seulement en Afrique.
    une seule solution: enrayer (via un virus pourquoi pas) la démographie, laisser passer 30 ans sans possibilité d'émmigration, puis inventer une aide technique et financière qui ne passerait ni par "les états souverains" ni par "les représentants élus" locaux.
    Ignoble? non; et tout à fait acceptable à l'échelle de l'humanité.

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  2. Cet article impérialiste qui touille les remugles d'une époque révolue fait l'impasse sur la bio-diversité. car il n'y a pas que des noirs en Afrique noire, mais aussi des rhinocéros, des gorilles, de lions, des antilopes et même des singes verts.
    Qu'adviendra-t-il de tous ces animaux quand le continent sera silloné de lignes à haute tensions, coupé de barrages hydroélectriques et encombré de centrales atomiques ?
    Je me le demande...
    en béarnais !

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