17 nov. 2006

Abolition de la loi salique

SégolèneAinsi a-t-elle surgi finalement à l’étage du Pouvoir !
C’est la première fois en France qu’une femme accède au sas du gouvernement central par une procédure démocratique. Ses prédécesseurs y sont parvenues par nomination, ou délibérations collégiales, mais portées par le peuple, jamais. Deux noms viennent à l’esprit, Simone Veil au parlement de Strasbourg, et Edith Cresson à Matignon dont l'ennemi juré était, a-t-elle dit récemment, le regretté Pierre Bérégovoy.

C’est en soi une révolution dont on ne mesure pas encore la portée puisque cette fois, le sexe fort prédominant n’a pas décidé de confier des hautes responsabilités à une femme, mais a subi son choix. Le cimetière va se charger d’ivoire. Sourires dans les rangs de la piétaille.

Ce machisme que l’on emprunte aux latinos pour indiquer son exotisme est malheureusement très français. Trouve-t-il son origine dans la loi salique que les juristes du Moyen-Âge avaient exhumée pour choisir « le bon héritier » du trône de France, ou est-ce dans ce qui reste de nos gènes gaulois encore plus anciens ? On oublie un peu vite que les femmes françaises furent considérées jusqu’à la Libération comme des gamines en tutelle de leurs maris omnipotents. Elles ne pouvaient ni voter (c’eut été donner des voix aux curés, disait-on), ni ouvrir ce compte en banque (pour quoi faire, on se le demande bien !). Avec mantille ou foulard à la messe, elles mimaient sans le savoir par anticipation la position de mineures incapables que subissent certaines épouses musulmanes aujourd’hui.
Dans la patrie des Droits de l’homme, il aura fallu quand même soixante ans pour en arriver là ! Nous allons avoir une femme libre et sans parrains au premier tour des présidentielles. Enfin presque !

Il est très difficile de pronostiquer le rassemblement socialiste derrière la candidate adoubée, d’autant qu’aucun de ses deux concurrents n’a proclamé spontanément le ralliement. Sans doute va-t-il de soi ? Laurent Fabius a disparu hier soir des écrans bleus pour mûrir sa conférence de presse de ce matin, Dominique Strauss-Kahn a fait dire qu’avec 20% il représentait une force avec laquelle il allait falloir compter ! Déclaration pas vraiment pacifique, à mettre sur le compte de la déception.
Ou bien voulait-il rebondir sur des déclarations antérieures de Madame Royal qui indiquaient qu’elle ne prendrait pas d’anciens ministres dans son équipe ! Faudra-t-il que les Eléphants forcent la porte pour continuer d'exister ? Les votes de certaines fédérations indiquent sans équivoque qu’ils ont été reclassés aux archives du parti par beaucoup de nouveaux militants. Toujours est-il qu’une fois le choc amorti de la poitrine, Fabius et DSK ont reconnu la victoire et proclamé leur solidarité pour mener tambour battant la campagne contre la Droite. Sauf à imiter Jospin, ils ne pouvaient faire moins.
En attendant les résultats des Antilles, elle est première dans toutes les fédérations sauf en Seine maritime et à Mayotte, fiefs de Laurent Fabius, et passe partout haut la main sauf dans l’Eure (44%), le Puy-de-Dôme (46%), les Pyrénées orientales (47%), Paris (47%), les trois départements du nord et est d’Ile de France (JP. Huchon tenait pour Strauss-Kahn) où elle fait quand même 43, 45 et 47%.
C’est le raz de marée à plus de 60%.

Si la voie du succès s’ouvre vraiment pour le PS, le boulevard que les sondages promettaient à Nicolas Sarkozy se rétrécit d’autant. Car le succès royalien n’est pas celui des barbus de la FSU marqués à vie par le dogme du Front populaire ou du Programme commun mais d’une génération nouvelle plus sensible à la pipolisation du candidat qu’à l’épaisseur de sa doctrine. A preuve la légèreté que la candidate a montré dans l’évocation des thèmes du Projet Socialiste 2007 lors des six débats de désignation, n’a pas entamé l’engouement prédit.

Or cet effet kiss-cool peut très bien jouer sur une frange importante de l’électorat UMP voire UDF, et les voix de complément permettant à la Socialiste d’accéder au second tour des présidentielles provenir non pas de la gauche de la Gauche mais des jeunes nouvellement inscrits partout et du marais. Et comme le jeu électoral est à somme nulle, il pourrait bien manquer des voix à qui l'on ne pense pas aujourd'hui.

Finalement dans notre société d’image, ce pourrait être Les Guignols de l’Info qui aient le dernier mot.

3 commentaires:

  1. Hi hi ! Le sénateur fabiusiste Mélanchon a déjà trahi son parti en courant à Montpellier soutenir la gauche de la gauche, réclamant d'elle un candidat d'union.
    Pour battre qui ?
    On se refait pas !

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  2. Henri Emmanuelli a déclaré qu'il la soutiendrait sans enthousiasme.
    Aurait-il ajouté "comme la corde le pendu" on aurait mieux compris.
    Mais on sait aussi qu'il déteste les autres.
    Finalement il ne supporte que lui-même et paradoxalement ferait un premier ministre loyal. Il s'est laissé condamner dans l'affaire Urba pour protéger les instances supérieures !!

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  3. Médéric de K.21/11/2006 10:13

    Le seul éléphant à jouer le jeu sera Pierre Mauroy qui savoure in petto le déclassement de Martine Aubry.

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