8 déc. 2006

Coulez le Bismark !

Les Etats-Unis vont se retirer d'Irak quoiqu'en diront ce mois-ci les ministres de l'Administration Bush, parce que les conseillers de Bush Senior 41 ont fait la démonstration que la guerre est perdue. Le rapport Baker-Hamilton ne laisse aucun doute : "On rentre !" Tout le reste n'est qu'emballage-cadeau du constat de désastre.

Qu'adviendra-t-il de l'Irak ? Un immense chaos créé par une guerre civile impitoyable entre les compétiteurs pour l'accès aux puits de pétrole, ou un immense silence de mort, au cimetière de la nation irakienne qui a payé un énorme tribut à l'aventurisme américain pour se défaire d'un abominable tyran.

La France se tient prête. Mais je crois que l'Elysée comme le Quai d'Orsay se passent un film. Regardons celui-ci :



Nous avons une belle escadre, petit format mais de qualité, quoique un peu chère rapportée à nos moyens budgétaires. On ne peut payer des milliers de gens à rien foutre après cinquante ans, et armer des bâtiments de guerre. Mais la question n'est pas là. A quoi donc nous sert-elle ?

A rien ! Les dernières missions du groupement Charles-De-Gaulle étaient la police de la mer d'Oman, et quelques reconnaissances sur l'Afghanistan. Tout le monde est rentré à Toulon pour refaire les peintures. Les acteurs sur zone ne semblent manquer de rien. La frégate Surcouf repart aux Echelles du Levant montrer le pavillon, on se demande dans quel but.
Ne sont en cause ni les personnels d'un haut niveau d'entraînement ni les matériels. C'est la tête qui est malade.

Quand Israël décida de marquer le coup après l'attaque de ses soldats par le Hezbollah sur la frontière libanaise, la France se dressa assez vite sur ses ergots dès que l'on comprit que Tsahal menait une mission de recherche et destruction de son ennemi sans prendre de gants.
On eut pu croire qu'un accord tacite lui autorisait à frapper fort au sud du fleuve Litani, mais lorsque les quartiers chiites de Beyrouth et Baalbek furent pilonnés, chacun attendit une réaction forte du protecteur autoproclamé du Liban, la France.

Nous affrétâmes un ferry-boat chypriote (la honte) pour embarquer les binationaux épouvantés, tellement qu'ils laissèrent sous les bombes leur propre personnel domestique payé au pourboire. Dans le même mouvement nous eûmes le culot d'amener une petite force navale pour assister aux évènements sous le motif puéril de protéger l'exode. Ce n'est pas à quoi s'attendaient les Libanais qui comptaient sur nous. Ils croyaient que le cinquième membre permanent du Conseil de Sécurité allait prendre la supériorité aérienne au-dessus du Liban pour arrêter les bombardements aveugles d'Israël.
Nous en avions les capacités techniques, incapacitées par le défaut de commandement. Quand il s'agit de confirmer la menace, la France une fois encore se couche ! Tartarin est à l'Elysée, pas à Tarascon.

Les esprits craintifs rétorquent que nous allions engager la vie de nos marins. C'est vrai, bien que l'escadre soit de taille à infliger des pertes considérables à l'adversaire et à se défendre convenablement. Mais la crédibilité d'une action diplomatique passe par là. Nous avons perdu la face, même en Israël !
A preuve les intimidations répétées de la chasse israélienne sur les positions françaises de la FINUL qui bien évidemment n'ont donné lieu à aucune riposte. Un gouvernement sérieux aurait télexé dès la première simulation d'attaque qu'il ne pouvait y en avoir de seconde à peine de lancer le Mistral sur sa cible. Cela aurait suffit, au prix peut-être d'un F16, mais tant pis.

Alors à quoi bon construire une belle armée, une belle marine, une belle aviation, toutes trois projetables sur les théâtres d'opérations les plus lointains, si on ne dépasse jamais le stade d'engagement d'une compagnie parachutiste. A quoi va servir le second porte-avions dont le lancement va être "sécurisé" par le ministre de la Défense en passant déjà la commande des catapultes aux Etats-Unis ? A parader en Méditerranée orientale ? C'est cher ; et dans l'état de banqueroute de la République, spécialement irresponsable.

Le Moyen-Orient est un monde un peu rural dans sa culture. On y respecte la force. La France n'a rien montré dans ce domaine depuis l'expédition de Suez en 1956. Elle ne cesse de reculer l'engagement depuis. Le Liban ami était l'occasion de dire "stop" !
Prétendre s'ingérer dans la reconstruction politique, industrielle (et morale) de l'Irak après le départ des Américains est une sottise; une posture ! Nos moyens sont paralysés par la pusillanimité des décideurs.
Nous avons un gouvernement de beau temps.

la belle frégate

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