5 déc. 2006

Derviches

METTLACH, Allemagne (AP) - Jacques Chirac et Angela Merkel se sont prononcés mardi en faveur de la suspension partielle des négociations d'adhésion avec la Turquie recommandée par la Commission, tout en proposant à leurs partenaires de se ressaisir de la question après les élections turques, fin 2007. La Commission européenne recommande une suspension partielle des pourparlers sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, entamés en octobre 2005, en raison du refus turc de ratifier le protocole d'Ankara, qui doit ouvrir ses ports à Chypre.
(AP 05-12-06-16:13)

C'est un gros morceau cette affaire turque.
Le site des manants du Roi a mis en ligne un dossier très bien fait sur les origines historiques de la crise. Un dossier en deux volets. Le premier en cliquant ICI.

Istanbul

Ma découverte de la Turquie date de 1964 où je suis parti (en voiture à trois copains) faire un stage étudiant à Ankara. L'européanisation du peuple suivait celle de la bourgeoisie, acquise semblait-il de puis longtemps aux valeurs de chez nous, et les signes extérieurs religieux étaient cantonnés au monde rural, et encore. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu une femme voilée dans aucun des villages que j'avais traversés lors de diverses excursions. Et les filles du moins à Ankara, m'étaient apparues assez délurées; pas comme des Anglaises quand même !
En ville comme à la campagne tout le monde buvait du raki à table ; ce n'est pas un breuvage de pucelle. La Turquie produit et exporte du vin depuis très longtemps, et elle a fait la soudure en France lors de la pandémie de phylloxéra.

Le développement économique ayant aggravé la fracture sociale du pays, on m'a appris que les propagateurs de l'Islam en avaient profité pour travailler au corps un peuple désorienté, et que par la voie du caritatif et des aides diverses dans les domaines de la santé et de l'éducation, ils l'avaient gagné à leur cause. La preuve par les élections !
Mais cela change-t-il les fondamentaux de la Turquie ?

Wikipedia donne une carte des peuples turcs. Elle va du Turkestan chinois jusque dans les Balkans. L'article nous dit que la première trace écrite sure du peuple turc date de 583. On peut dire que depuis ce jour au moins, ce peuple puissant établi en Mongolie et sur la steppe kazakhe, a commencé sa marche vers le soleil. Il soumettra le Moyen-Orient puis la Méditerranée, à l'exception des rives nord de la Méditerranée occidentale, et sera stoppé sous les murs de Vienne en 1683 par le duc de Lorraine et le roi de Pologne.

Cette marche à l'ouest ne sera achevée que par l'entrée de la République de Turquie dans l'Union européenne. Et l'on souhaiterait que les hommes politiques de passage dans des fonctions de responsabilités intègrent cette inertie qui pousse dans le même sens depuis quatorze siècles, avant de tenir des propos inconsidérés pour nourrir les applaudissements des badauds qui votent.

Le gorille turc qui nous observe sous ses sourcils broussailleux, pèse 500 milliards d'euros de PIB en expansion annuelle de 8 à 10%, soit environ 7000 euros par tête, et 71 millions d'habitants en accroissement de 1% chaque année, soit 90 millions en 2025. Le pays bénéficie en plus d'une pyramide démographique normale, jeune.

L'animal dispose d'une sphère d'influence ancienne et travaillée patiemment sur toute la zone turcophone, c'est à dire très loin vers l'Est, zone très courtisée par les chercheurs d'or noir et de gaz. Son premier allié est l'Azerbaïdjan qu'Ankara a sauvé de la confrontation avec l'Arménie. C'est la dernière carte à jouer dans la manche du marchand de tapis turc, de connivence ou pas avec l'ours russe : entrer dans le jeu énergétique de la steppe contre les intérêts de l'Union. A noter en passant que la Turquie tient le gros oléoduc de Bakou sur mille kilomètres vers l'Europe. Or dès demain matin l'accès à l'énergie primera tout le reste.

Dans le droit fil de ces considérations bassement matérielles, la Turquie a besoin du marché européen pour se développer en attendant que les marchés du Moyen-Orient soient libérés des entraves politiques qui les brident. Sans attendre, elle est déjà et de loin le premier investisseur étranger dans le Kurdistan irakien, qui en retour pourrait faire décoller certaines zones turques de Turquie, et démontrer aux irrédentistes du PKK les bienfaits de la pax ottomana. Un Irak stabilisé sera investi aussi vite. Mais l'important reste l'Europe et son pouvoir d'achat.

Les négociations butent sur la question chypriote. C'est un prétexte. D'ailleurs ce sont les chypriotes grecs qui ont refusé la réunification proposée par l'ONU alors que les chypriotes turcs l'approuvaient par référendum. Laisser la question stratégique de la Turquie à la merci des humeurs des mercantis chypriotes est quand même diplomatiquement léger ! Chypre ne vaut rien rapporté à l'ancien empire qui cogne à notre porte.

Si les Turcs sauf les Thraces, ne sont pas en Europe, ils ne regardent que vers l'Europe. Le Moyen Orient c'est qualitativement un étage inférieur pour eux. Beaucoup d'Arabes !

Quant à l'irrationnel qui semble traverser toute une partie de la classe politique française dès qu'on évoque les relations entre l'Europe et la Turquie, il sert à faire de la politique sous les préaux et retarde la vraie discussion qu'il faudra bien avoir avec eux, sur le refus d'importer tout simplement l'Islam fondamentaliste avec la République turque.

Parlons vrai ! Entre quat-z'yeux !
Ataturk d'accord !

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