1 déc. 2006

Qui vivra rira

© Kirktoons
On s'est beaucoup moqué en leur temps des élections irakiennes qui étaient fabriquées. Dans la fable de la paille et la poutre, jetons un oeil sur les nôtres.

Qui vivra rira.

L'élection présidentielle est trustée par les grands partis qui ont organisé un filtre des candidatures, actionné par leurs propres élus. C'est la définition même du "syndicat de sortants".

Le peuple est souverain en République sauf à contrevenir aux carrières de l'Establishment. Ce peuple si niais qu'il faille le guider en permanence aux bons soins du Quatrième Pouvoir, ce peuple doit être convoqué à la présélection des champions qui veulent entrer en lice. C'est la LCR qui rame à engranger ses 500 signatures de maires, qui propose pour la prochaine fois que l'étrier soit tenu par 200000 pétitionnaires. On ne connaît pas le détail du tsunami démocratique annoncé, mais la mesure flatte le souverain et débine le Trust des Quatre. CQFD.

On peut discuter longtemps pour savoir si l'effondrement de la France est dû à la satisfaction toujours incontournable d'intérêts catégoriels aux dépens de l'intérêt général, fumeuse utopie que je remplace par le "bien commun". Mais la démocratie nous impose de faire du chiffre pour s'exercer et en conséquence, de séduire tout un chacun dans ce qu'il détient d'essentiel pour lui, son intérêt individuel. Au résultat, une nation opiomane d'assistés et deux trillions d'euros de dette sur les générations montantes. Cadeau !

Mais la procédure dont on voit bien qu'elle ne garantit en rien l'excellence, devrait selon certains être encore plus démultipliée. In fine nous retrouverions la démocratie quasi-directe de nos voisins et amis helvétiques qui sautent de votation en votation, avec quelque bonheur, il faut le reconnaître. A la différence près que les Suisses ont une certaine liberté de pensée dans les gènes que les Français n'ont plus depuis deux siècles.

La prochaine élection présidentielle de 2012 va se faire en six tours, si l'on veut bien oublier le "tour social" promis chaque fois par les "masses laborieuses et démocratiques" au vainqueur issu du "grand capital".

Premier tour
- les primaires intrapartisanes.


Fabuleuse manière d'agglutiner les mouches de l'électorat sur les écrans bleus que de mettre en scène une compétition interne à chaque parti, débats à couteaux de théâtre tirés, petites phrases assassines, diffusion de pronostics secrets, renversement d'alliances, tout le diable son train ! Quel parti peut se passer demain de cet "agit'prop" moderne du cirque des primaires (je ne sais si ce n'est pas littéralement vrai) ?
On avait déjà pensé au parti socialiste en faire deux tours pour la dramaturgie.

Deuxième tour
- la pétition populaire des 200000 supporters.


On peut imaginer la débauche de communication que va susciter pareille propagande en débats télévisés, affiches, tracts, rédactionnels, etc. Il est probable que les grands partis soient d'accord pour cette démocratisation parce qu'elle est extrêmement coûteuse et va donc gêner encore plus les petits partis et les candidats libres.

Troisième tour
- l'ancien "premier tour".


Pour se faire une idée de l'élection de 2002 cliquer ICI. A savoir aussi que les scores obtenus par chacun de ces candidats rapportés à la population en âge de voter, sont positivement ridicules.

L'électeur qui décide de sortir de chez lui un dimanche, se fait plaisir en choisissant qui il souhaite revoir le dimanche suivant, sans bien comprendre que le Système a passé au crible de ses intérêts les champions convenables pour lui, jusqu'à même promouvoir d'utiles repoussoirs afin d'assurer le coup pour ses sélectionnés. Le coup du 21 avril a surpris certes, mais fait école aussi.

Quatrième tour
- le face à face !


Si le travail a été fait correctement par les équipes de campagne et communication, le choix de ce "second tour" est désormais fait d'avance comme au catch, par l'accession au ring du vilain indispensable à la victoire du gentil. Allons-nous nous abonner ici aux scores africains, à faire pâlir d'envie les tyranneaux sud-américains ? Possible :
Royal-Le Pen au second tour. Royal à 75% !

Cinquième tour
- législatives 1.


C'est maintenant la viabilité et la pérennité du gouvernement futur qui est en cause. Le président élu ne fait rien sans un premier ministre approuvé par la Chambre des députés. Il convient de former cet hémicycle. Le même peuple des niais est convoqué à cet exercice auquel il comprend si peu de choses qu'on lui a bidouillé un système électoral qui laisse de côté environ 30% du corps électoral. Neuf millions d'électeurs inutiles !
C'est assez fort de café dans le pays des Droits de l'Homme et du Citoyen, mais bon, c'est un peuple de veaux, chère médème, que voulez-vous leur donner de plus qui risquerait d'affaiblir les exécutifs par le foisonnement des idées et convictions ! Et des Gaulois en plus, incapables de se coaliser pour former une majorité durable. Car il faut être majoritaire en démocratie pour être valable !
Que tant de démocraties se gouvernent à la proportionnelle - seul système électoral moral - n'a semble-t-il jamais interpellé la classe politique française qui est bien au-dessus de ces exigences de justice. Et puis le général De Gaulle a dit !

Sixième tour
- législatives 2.


Les candidats à la représentation nationale sélectionnés par leurs partis et sauvés par leurs électeurs, accèdent enfin à la Prébende parlementaire, se divisent en majorité et opposition, irréconciliables - c'est la loi du genre - et approuvent le programme du locataire de Matignon.

Dès le lendemain, l'impétrant se creuse les méninges pour éviter le septième tour, le tour social.
On analyse donc les intérêts particuliers à préserver, et c'est reparti pour cinq ans de gabegie.

Mais le peuple a voté six fois ! C'est donc bien de sa faute si ça ne marche pas !


establishment immuable

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