7 mars 2007

Bayrou l'emmerdeur

Les "grands candidats" caressaient sans trop y croire au début, un remake du 21-avril qui leur donnerait un score de dictateur latino. Ils se préparaient à gouverner au centre pour tenir compte du déplacement du curseur de gravité de leur électorat au second tour. Ségo-LePen ou Sarko-LePen, c'était sans risque.

Les sondages diffusaient dans les équipes de campagne la montée inexorable du troisième homme qui ratissait dans les deux camps et même jusque dans les Cités de nouveaux électeurs politiquement démunis.

JMLPLa queue de trajectoire était double comme une queue d'aronde, marquer à la culotte le premier adversaire, laisser monter Le Pen qui croissait sur les déçus de chaque bord que l'on considérait comme perdus. Iznogoud Mégret l'a saisi tout de suite qui s'est rallié au cyclope de Montretout en anticipant un sursaut nationaliste encore plus grand que prévu qui forcément modifierait les règles de protection des prébendes parlementaires.

Mais le président du Front national risque bien de ne pas accéder au premier tour par défaut d'une poignée de signatures d'élus. Mégret l'a déjà anticipé qui se présenterait selon les mauvaisezs langues, aux législatives dans le fief du meilleur ami-candidat de JMLP,

Aussitôt, déplorant les effets de la magouille des parrainages publics, le ministre de l'Intérieur es-qualité suspend la diabolisation du Front pour que les maires non encartés abondent au tonneau de la démocratie loyale et adoubent le monstre.

C'était sans compter sur la tête de turc des Guignols de Canal+.
Le troisième homme, jusqu'à plus ample informé ou explosion en vol, c'est François Bayrou. Et là, ce n'est plus du tout le score du général Tapioca que l'on prédit aux deux grands candidats, mais bien plutôt celui de Jospin !

Sarkozy et son team ouvrent le tir de contrebatterie le plus nourri que l'on ait vu depuis le début du combat électoral. Extraits :

Breton : "Le candidat UDF François Bayrou que je connais bien depuis très longtemps vient de se convertir à la dette: je m'en réjouis, je suis l'un des premiers à dire que la France vivait au-dessus de ses moyens qu'il fallait nous donner les moyens de désendetter la nation [...] Il rejoint cette préoccupation, mais il n'avait pas voté le budget 2006 et 2007 qui sont les deux premiers budgets de la France qui désendettent la nation. Je me réjouis qu'il rejoigne des préoccupations de tous les Français [...] sans mettre les solutions en face".

Fillon : "Je ne vois pas pourquoi droite et gauche se pacseraient comme par enchantement pour gouverner ensemble [...] Mélanger la droite et la gauche, c'est refuser de choisir un projet, une voie pour notre pays, c'est le consensus mou, le contraire de l'action [...] A ne choisir ni la droite ni la gauche, on aboutit à une politique qui ne décide de rien [...] la stratégie de FB est dangereuse car elle ne peut qu'ouvrir un boulevard aux extrémistes de tout poil [...] Lorsqu'il n'y a plus de différence entre la gauche et la droite, alors il ne reste plus qu'à choisir entre Le Pen et Laguiller"

Robien : "Plus on fait du populisme, plus on critique -et il vient de passer cinq ans à critiquer- plus on fait le jeu de ceux dont c'est le métier de démoraliser les gens excédés. Il risque donc de faire le jeu de Le Pen."

Bayrou et Douste-Blazy à MatignonDouste Blazy : "Après avoir dit que ni la droite ni la gauche n'était capable de gouverner, voilà qu'il propose de le faire, et avec la droite et avec la gauche [...] En somme, il passe du ni-ni au et-et. Cela manque pour le moins de cohérence [...] Avant, Bayrou était contre le parti unique de la droite et du centre. Il est maintenant pour le parti unique droite-gauche [...] Si on suivait sa logique, cela conduirait la France à une situation de blocage total: pas d'équipe soudée, pas de projet identifiée, pas de majorité claire".

L'argumentaire déployé est affligeant car il pilonne par le mensonge et jamais par la démonstration. Le pompon est pour Douste-Blazy, on s'en serait douté ! Contrairement à ce qu'il soutient, l'équipe serait européiste et orthodoxe financièrement, le projet Bayrou est parfaitement identifié, il suffit de passer dix minutes sur son site Web, sa majorité serait une majorité présidentielle dans la logique des institutions quinquennales, dès lors qu'il serait élu ! Et Douste Blazy se cherchera une prébende de conseiller général des Pyrénées, à moins qu'il ne se retire au Maroc.

Jack Lang réconfortant HollandeA gauche on est moins virulent, lent tout court. La gauche idéologique marche sur des postulats. L'UDF est une excroissance européiste de l'UMP, donc Bayrou mange sur le fromage électoral de Sarkozy. C'est faux, les bobos le trouvent pas si con le Bayrou. Décidément à part Hollande qui a senti le vent des premiers boulets et annonce une grave crise si Bayrou continue à monter ... les autres scrutent, dépiautent, fouillent mais n'ont encore rien trouvé. Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal, fait dans l'incantatoire : "Ceux qui imaginent que Bayrou pourrait franchir le premier tour se mettent les doigts dans le nez, c'est une histoire à dormir debout".

Il y a quelque chose de vrai dans cette guerre. Par le principe de majorité, la démocratie ne vit que bloc à bloc. Le consensus n'est atteignable qu'en cas de crise très grave et pour une durée comptée en mois. Bayrou n'a pas d'espace politique pérenne, sa République est une utopie. Mais il peut passer.

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