4 mars 2007

Corruption "démocratique"

Michel de PoncinsAvec l'aimable autorisation de l'auteur, nous publions ci-dessous un article fort instructif de Tocqueville Magazine (flash du 19.02.2007) qui décode la corruption systémique de notre beau régime, en tout bien tout honneur. Sous la plume de Michel de Poncins, on ne s'ennuie jamais. Vous avez pu le croiser sur le site du Québecois Libre qui est en lien depuis toujours sur ce blogue. Plume ? d'aucuns comme Les Manants du Roi qui nous ont alerté, parlent d'un soc de charrue acéré !

Les 50 Milliards de la corruption


La corruption démocratique est l’un des phénomènes les plus constants dans les démocraties du monde entier, y compris chez les plus prétentieuses. Cela consiste à acheter les voix en vue de conquérir le pouvoir et ensuite de revendre sa voix. C’est tellement répandu que beaucoup d’économistes parlent du « marché politique », terme qui d’ailleurs, malgré sa relative justesse, risque de nuire à la véritable économie de marché en la rapprochant de pratiques douteuses.

L’achat de voix peut se passer de diverses façons ; évidemment la façon la plus directe est le paiement cash ; mais il y a des façons plus sournoises comme l’engagement sur des promesses que l’on ne tiendra souvent pas et qui de toutes les façons mettent en jeu l’argent public. D’où le vieux dicton : « les promesses politiques n’engagent que ceux qui les écoutent ».

N’oublions pas qu’aux USA ce sport de la corruption démocratique se pratique couramment. Il y existe dans les dépenses publiques des « budgets réservés » (« earmarks ») à la disposition des élus pour favoriser leurs circonscriptions. Depuis que Bush est en poste, les législateurs ont voté 35000 budgets réservés.

Il y a par exemple 223 millions de dollars pour un pont qui ne va nulle part en Alaska et 50 millions pour créer une forêt tropicale en Iowa, un État dont le paysage consiste presque entièrement de champs de maïs. Malgré cela, les conservateurs ont perdu les élections. C’est un avertissement redoutable pour tous les gouvernements du monde qui pourtant se livrent régulièrement aux mêmes méthodes malhonnêtes.

La campagne présidentielle française offre l’exemple tragique de ces pratiques et les autres pays voisins devraient bien observer pour en tirer du fruit. La vertueuse Suisse, quant à elle, y échappe largement. C’est à ce phénomène qu’il faut rattacher l’évaluation faite par des experts indépendants du coût des mesures proposées par les deux candidats présentés comme « principaux » : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Le chiffrage de chacun des programmes tourne autour de 50 milliards d’euros c’est-à-dire qu’il est pratiquement équivalent.

Bien entendu chacun proteste avec hauteur que ces chiffres sont exagérés, ce que personne de raisonnable ne peut confirmer. L’objectif à peine dissimulé est bien de plaire à telle ou telle catégorie de population en donnant avec de l’argent volé à d’autres des avantages multiples et très diversifiés.

Il est extraordinaire que les deux chiffrages soient l’équivalent : cela veut donc bien signifier que chacun jette en pâture des paquets d’euros pour acquérir des paquets de voix. L’égalisation des chiffres vient de ce que chaque programme comporte un grand nombre de sujets et qu’une moyenne s’établit nécessairement.

Une fois les voix récoltées et le résultat obtenu, le titulaire utilisera ce pouvoir à son gré et en particulier pour satisfaire largement les camarades qui l’auront aidé à acheter les voix : le nombre ridicule de ministres et sous-ministres et sous-sous-ministres n’est qu’un des aspects du phénomène.

Au niveau des autres élections, députés, sénateurs, grandes mairies, le trafic des voix bat son plein. Députés et sénateurs, après avoir acheté les voix des électeurs, revendent la leur pour l’obtention de prébendes les plus élevées possibles, dans les innombrables voies ouvertes par ce que j’ai appelé la « République Fromagère ».

Ce simple fait de l’égalisation des 50 milliards des deux programmes nous conduit à une constatation fondamentale. Il y a antinomie entre le socialisme et la démocratie contrairement à une idée largement répandue. En effet, si ces deux candidats ont tellement de possibilités d’achat de voix et puis de revente, c’est à cause du socialisme qui imprègne toute la société française et auquel ni l’un ni l'autre n’est prêt de renoncer.

Toute opération d’achat implique « d’avoir des sous » pour payer l’achat ; le socialisme alimente largement en permanence la « rivière argentée » qui permet d’avoir des sous. Ensuite, cette même rivière argentée offre d’autres sous pour la revente des voix. C’est pourquoi dans l’un et l’autre cas, il faut parler, non pas de 50 milliards, mais d’au moins 100 milliards, puisqu’il y aura deux opérations de rapine étroitement et scandaleusement enlacées.
La paupérisation croissante du peuple français contre laquelle les candidats prétendent mensongèrement vouloir lutter vient en grande partie de cette démocratie trafiquée, fille du socialisme qui les anime tous deux.

Michel de Poncins
micheldeponcins@easyconnect.fr

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