26 avr. 2007

Analyse du scrutin

sarko vs. Ségo
L'inter-tour qui a des allures d'intertoto est riche d'enseignements sur le caractère clivant de notre bon vieux régime républicain. Quelles que soient les circonvolutions d'appareils nous aboutirons le 7 mai à faire dresser la moitié de la France contre l'autre, la "première plus un" revendiquant sans rire et très légitimement dans sa tête, d'écraser les prétentions de la "seconde moins un" ! Laquelle seconde oubliant derechef le principe démocratique majoritaire, n'aura de cesse de pourrir la vie de la première par tous moyens même légaux !

La République est le règne de la vertu, un régime qui ne peut s'appliquer qu'à un peuple de dieux ! Combien profond devrons-nous sonder les abysses du déclin français pour un jour remettre en cause ce régime de pure invention intellectuelle qui ne nous convient pas. Peut-être faudra-t-il attendre que les ravages de la démocratie exportée chez des peuples inaptes nous mettent en grand péril pour que la question jusqu'ici taboue de la pertinence du système en Gaule cisalpine soit posée par des esprits autorisés.

Une fable m'agace, celle du vote utile.
Les candidats éliminés et leurs équipes de campagne dès lors qu'ils n'atteignent aucune de leurs espérances, accablent le vote utile de tous leurs maux. Et tous de prendre des poses avantageuses sur des scores ridicules au prétexte que leur influence sur l'Opinion est bien plus grande que le vote exprimé dans des conditions "discutables". C'est à se demander quel est l'outil de mesure qui serait meilleur qu'un scrutin national au suffrage universel pour connaître les préférences des Français. Qui plus est lorsque 85% des gens se déplacent aux urnes ! Mais non, vous n'y connaissez rien !

Trois partis dénoncent cette "perfidie", les Verts, le parti communiste et le Front national.
Après la campagne publicitaire pour la ligne de soins corporels Ushuaïa, on aurait pu penser que les Ecologistes patentés SGDG atteindraient la barre adulte des 5%. Ils font 1,57% et ne se posent pas une seconde la question de savoir si les électeurs les considèrent moins qualifiés pour sauver la planète que les autres politiciens, qui ne sont pas tous des salauds de pollueurs. Pourtant un signe ne trompe pas : à Paris où ils ont une visibilité de tous les instants grâce au système de communication de la Marie, ils s'effondrent à 1,53% ce qui correspond à epsilon si l'on ramenait leurs moyens de propagande à la normale. Pour mémoire, ils font 2,14% seulement à Bègles chez Noël Mamère.

Le plus risible est le cas du parti communiste. A 1,93% ils disparaissent quasiment des urnes. Bien sûr ils conservent des leviers de puissance ou nuisance conquis historiquement au moment des gouvernements de gauche, surtout dans les domaines éducatif et syndical, mais n'acceptent pas d'être mesurés à l'aune européenne qui les a fait partout disparaître. Deux pour cent c'est bien l'influence maximale que je ressens en tant que citoyen dans ma circonscription. Deux citoyens sur cent actionnaires de jurassic park ça me paraît même beaucoup ! A voir le Politburo actuel refuser l'autocritique et renvoyer l'explication de gravures avec les refondateurs à un prochain congrès est surréaliste, mais c'est leur affaire ! Du moins celle de ceux qui vont rester car il ne m'étonnerait pas que le PCF se brise sur ce désastre.

Le Front est le grand perdant.
Au vote utile les caciques exclus de l'équipe familiale de campagne accolent la dérive du recentrage politique de Marine Le Pen. A mon avis ni l'un ni l'autre ne sont en cause si on persiste à raisonner en pourcentage. Avec l'usure du temps qui est pire que celle du pouvoir (qu'elle n'a jamais eu), la droite nationaliste entre 5 et 9% est dans ses eaux territoriales en 2007, pour la simple raison que les problèmes soulevés sont pris en charge par les responsables déjà aux manettes du pays. A quoi sert dès lors ce vote éternel de protestation ? A faire pénétrer ces idées dans les sphères du pouvoir ? Elles y sont et y seraient venues quand même.

Si on regarde les chiffres, le Front perd 1.636.0786 voix sur le premier tour de 2002 (JMLP+BM). Au même instant les votes exprimés s'accroissent de 8.225.358 voix, ce qui est énorme. Ceci veut dire que les râleurs et la minorité silencieuse se sont bougés pour faire un choix politique. Le mouvement est confirmé par le recul de 462448 voix des votes nuls ou blancs. Quand on oppose les deux vecteurs on comprend que le recul n'est pas un déplacement de voix vers le chef de la Police, mais l'expression massive d'électeurs nouvellement intéressés qui excluent le Front de l'épure politique de demain. Le discours binaire ne fait plus recette, les esprits évoluent et beaucoup pensent que ce n'est jamais aussi simple que ne le prétend le vieux menhir.

Tous les résultats sont publiés sur le site du Ministère de l'Intérieur.
Sarkozy a toutes les chances de l'emporter depuis hier puisque Bayrou qui laisse découvrir son intérêt pour le style de gouvernement promu par Ségolène Royal, n'est suivi par personne de son parti. Sa démarche courageuse était un jeu de quitte ou double. Les 18,57% qu'il a obtenus l'empêchent humainement de "quitter". Mais ses électeurs vont le faire.

La droite nationaliste va se retrouver représentée par une droite classique durcie et commandée plus que dirigée, par un immigré de la seconde génération, ce qui est assez marrant.
La gauche appellera à l'émeute mais il n'est pas sûr que la réaction populaire aille au-delà des feux de la Saint-Jean mécaniques habituels. Et puis ce seront les vacances.

Nicolas Sarkozy

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