28 mai 2007

Géofolies à la turque

le blues de Poutine
Nous avons traité précédemment de la Chambre bleu de Prusse du nouveau Frédéric-Nicolas II qui pourrait claquer des pupitres moins longtemps que ne lui en accordent les institutions, sans aborder les questions internationales qui vont nous tomber dessus sans préavis.

Le sémillant titulaire du Quai d'Orsay va prêcher ses ingérences partout où nous ne risquons rien ou peu, comme le Darfour soudanais, le Zimbabwe, le Kosovo serbe, le Liban chrétien voire la lointaine Birmanie du général Tapioca, et se couchera vite avant que de se faire remonter les bretelles par les Chinois olympiens, les Russes gazeux et autres grands garçons pleins d'énergie et de commandes en carnet, à qui on ne dit pas où ils doivent faire !

La question grave qui cette année va meubler les salons feutrés du Quai et qui nous prépare un véritable tsunami stratégique, c'est la Question turque. Le Vatican s'en mêle déjà !

Le refus sarkozien de voir la Turquie accéder au Conseil politique de l'Union européenne est trop tardif - on négocie pas à pas depuis vingt ans au moins - même s'il est franc de leur dire tout haut ce que les peuples d'Europe pensent tout bas. Se séculariseront-ils assez au point de devenir un jour un peuple européen d'esprit et de moeurs ? Il semblerait que les forces laïques soient plus nombreuses qu'annoncé. Mais sans attendre cette normalisation, un seuil a été franchi par le nouveau président français, celui de l'insulte.

Le projet trompeté partout d'une Union méditerranéenne sur le modèle bruxellois, dans laquelle la Turquie aurait un rôle éminent, a été ressenti à Istanbul comme une relégation autoritaire en division 2, assortie d’une gifle de confirmation ! Pourquoi ?
La République de Turquie bien que légataire universel de l'Empire ottoman - on le lui répète chaque jour quand ça nous arrange comme dans le cas du génocide arménien -, ne se sent pas comme une puissance méditerranéenne, ni comme partie prenante du Moyen Orient, mais comme un acteur continental important. A preuve son implication rapide en Bosnie-Herzégovine pour soulager les anciens sujets impériaux massacrés par les Huns serbocroates et son parfait désintérêt des affaires du Proche Orient. Aucune solidarité musulmane non plus à attendre d'elle, les seuls accords de coopération militaire ont été signés avec ... Israël. La seule ouverture moyen-orientale était en direction de la Perse du shah d'Iran ; depuis lors les liens se sont distendus, sauf peut-être au plan militaire où ils ont été remplacés par des liens personnels d'états-majors.

La partie non européenne de la zone euro-méditerranéenne vers laquelle le président Sarkozy la rejette sera une union arabe ! Or les Turcs n'ont rien à faire avec les Arabes ! Cela relève chez eux de l'allergologie. Pour cette raison qu'elle n'invoquera jamais, la Turquie n'entrera pas dans l'Union méditerranéenne. A supposer que le refus français réussisse et laisse la République turque pendue dans le vide géostratégique, au-delà des représailles économiques qu’elle s’empressera de décréter, que fera-t-elle ? Elle cherchera un partenaire auquel s'adosser pour exercer sa liberté de destin "contre l'Occident" qui l'aura rejeté. Un seul partenaire serait capable de venir dans une négociation du style gagnant-gagnant avec la République turque, c'est la Russie, qui a le même sentiment d'être pendue dans le vide. Avantages des uns et des autres ? Innombrables !

Marchés et matières premières
La relégation ne coupera pas la Turquie des marchés occidentaux sur lesquels elle bénéficie d'accord séparés, mais un rapprochement avec la CEI (ex-URSS) accroîtra sa zone de chalandise tout en lui ouvrant une voie royale vers l'énergie et les minerais et métaux rares dont elle manque.

Epure stratégique
Les "ennemis" sont communs. Les amis aussi.
Parmi les premiers figurent l'Arménie et les républiques caucasiennes ; avec la Grèce en prime ; tous pays tenus à bout de bras par la communauté internationale.
Parmi les seconds, l'Azerbaïdjan, les républiques steppiques et l'Iran, qui sont tous des acteurs pétroliers majeurs.

Epure de sécurité
Si la Turquie se retire du commandement intégré de l'OTAN - elle a gravement bronché au début de la guerre d'Irak - et ouvre une coopération militaire de "bon voisinage" avec la Russie, elle bloquera la poussée de l'OTAN vers l'Est et renforcera la capacité de nuisance de la Russie en lui offrant la libre pratique des détroits vers la future Union méditerranéenne.

Epure civilisationnelle
La Turquie est fondamentalement soufie avec une pointe de laïcité. L'émergence du parti islamique agraire qui rapporte au pouvoir ses obsessions médiévales se doit d'être contrée de manière radicale à peine d'engloutir la république. S'éloigner du cadre droitdel'hommiste européen facilitera la répression. En outre les républiques autocratiques turcophones sont sur cette même longueur d'ondes, ce qui arrange bien Moscou qui peine à se défaire de l'insurrection tchétchène. Renforcés mutuellement, chaque partenaire pourra mettre en veilleuse sa collaboration avec l'Europe bruxelloise le temps de nettoyer l'épure.

Qu'aurons-nous gagné au délaissement de la Turquie et à cette nouvelle alliance de deux contempteurs importants de notre soft power ?
D'abord la certitude de ne pas voir les instances dirigeantes européennes envahies démocratiquement par les Turcs. Sont-ils si terribles ? Ce n'est pas la question puisqu'on réagit ici de manière épidermique à un problème géostratégique.

Qu'aurons-nous perdu ? Le verrou des Dardanelles qui autoriseront désormais la Russie à s'ingérer physiquement dans les Echelles du Levant et d'abord en Mer Egée. Finalement peu de choses, à l'exception près que l'ours russe aura doublé la taille de ses dents et qu'il aura toujours sous ses griffes ces ressources énergétiques qui représentent le sang du corps occidental !

Qu'auront perdu les tiers ? Les républiques caucasiennes chrétiennes auront perdu le soutien effectif de l'Occident car elles seront enserrées dans des machoires formées de la Russie, de la Turquie, de l'Iran et de l'Azerbaïdjan, visant à les soumettre sous peine de ruine.

l'abcès caucasien
Entouré des meilleurs conseillers, je ne doute pas une seconde que le président Sarkozy ait pesé les effets probables à dix ans du renversement d'alliances. J'oubliais qu'il n'avait signé que pour cinq ! Vive la république des "au suivant - au suivant !".

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