19 mai 2007

Kouchner, vous avez dit Kou...

Le gouvernement de combat est prêt. Quinze ministres, reliés entre eux par le nerf optique du chef, vont mettre en oeuvre le programme électoral du nouveau président. Fillon était le meilleur et le plus résilient, il est à Matignon. Que demande le peuple ?

A en croire les sondages, rien ! "Up to You" est le cri populaire général. Elu, bien élu, à toi Nicolas, on a assez perdu de temps pour que nous retournions vite à nos échoppes, nos fourneaux, établis ou guichets. Le débauchage des socialistes n'intéresse que les dinosaures de la rue Solferino (mais rhino c'est rosse), le sauve qui peut chez la Gauche plurielle laminée à l'épaisseur du micron, laisse le Français indifférent, tout comme le destin du président sortant qui s'éclipse comme s'il avait été chassé, ce qui est un peu le cas.
C'est bien la première fois, ce qui nous prouve que quelque chose a changé.

Quelque chose mais quoi ?

Moins perçue par l'Opinion, c'est l'avènement de la communauté du voyage sous les ors de la République. Il était temps d'y penser depuis qu'Alexandre le Grand a ramené des Indes sur nos terres de propriétaires ces curiosités vagabondes de l'âme humaine, pour les laisser errer depuis lors au finisterre du Vieux Monde. Ces gens vont pouvoir désormais se fixer, en France.

Aux étages subalternes, tout me convient ou presque, le choix initial étant bien restreint. Le bémol est sur les Affaires étrangères. Le dièse sur l'Environnement qui cette fois a un ministre d'Etat particulièrement pugnace et compétent. Les Verts sont enterrés ! Mais il manque Copé pour cheniller le cadavre socialiste, et Tapie ...... à la Culture !

bernard KouchnerOui ! les Affaires étrangères. Hubert Védrine a laissé dire qu'il avait refusé le Quai d'Orsay à cause de l'influence prépondérante du nouveau conseiller diplomatique élyséen, l'ambassadeur Jean-David Levitte, qui fatalement tirerait toute la couverture à lui. Cette réserve n'a bien sûr pas freiné Bernard Kouchner. Le Quai d'Orsay c'est le rêve de tout paon français, moi y compris. J'attendrai 2012 !

Avant les passes d'armes annoncées avec le Syndicat national du Blocage, ce sont pourtant ces choses étrangères qui vont rattraper l'enthousiasme de la nouvelle équipe. Védrine avait l'avantage sur Sarkozy, Levitte et Kouchner de lire les affaires du monde à travers un prisme géopolitique complet et très cohérent. On pourra en apprécier la finesse et la complexité en lisant sa conférence du 11 mai dernier à Berlin, en cliquant ICI (à archiver peut-être pour s'y référer plus tard).
Il termine son exposé sur le dialogue imposé aux cultures du monde :

" Dialogue des cultures ou des religions ?

Oui, mais en évitant le pseudo unanimisme. Il est inutile si on fait semblant de partager au départ les mêmes valeurs. C'est parce que ce n'est pas encore le cas que le dialogue est nécessaire.

Au total, il y a trois solutions :

1- Nier le problème. Poursuivre les références incantatoires aux valeurs universelles et espérer que cela suffira…
2- Assumer le conflit des civilisations et essayer d’imposer nos conceptions à tous les récalcitrants. Qui gagnera ?
3- Ou alors, de préférence, prévenir ce choc, le désamorcer, le dépasser petit à petit, par une combinaison intelligente d’attitudes fermes et souples à la fois, une ligne générale et du sur mesure en même temps. Fragmenter la vague islamiste pour la casser. Guérir l’Occident de son hubris. S’attendre à ce que cela prenne vingt ans."


Il faut avoir lu tout l'exposé pour en saisir l'épaisseur. Nous sommes bien loin déjà de l'ingérence démocratique de Kouchner le naïf, qui a laissé infuser le poison de l'indépendance à une province ruinée et inviable quand il en était le proconsul. C'est aujourd'hui l'affaire du Kosovo, un ferment de guerre levé à souhait. Ce qui nous ramène aux confrontations imminentes. Le gorille de 900 livres dans le coin de la salle de réunion ce n'est plus l'Amérique mais la Russie !

La Russie est une puissance nucléaire et énergétique mondiale de premier plan, dopée par un président énergique, féru d'échecs et de judo. Cette puissance a décidé de se reconstruire dans une optique strictement nationale quoiqu'il en coûte à ses partenaires, clients ou simples voisins. Le gorille livre un tiers du gaz consommé par l'Europe occidentale et les appels à composer voire à collaborer restent lettres mortes. Le Csar a réussi la fusion des églises orthodoxes rouge et blanche (la diaspora), succès au-dessus de tous les autres à ce qu'il a déclaré. On mesure la force de la démarche nationaliste.

La liste des problèmes à résoudre avec monsieur Poutine est impressionnante. On va voir tout de suite que l'arrogance interventionniste du bon docteur Kouchner est à nul effet.

- Balkans : la sécession du Kosovo est refusée pour ne pas encourager les forces centrifuges du Caucase. Si l'ONU passait en force, non seulement la province serait cassée, le nord riche en mines annexé à la Serbie, mais vraisemblablement la Macédoine aussi, pour récupérer la frange serbe, ce qui réjouirait la Grèce ! Dans le même temps, les provinces ethniques rebelles enclavées dans les républiques caucasiennes seraient pourvues de tous les moyens nécessaires au désordre généralisé, et les rebelles tchétchènes exterminés sans frein. Qu'en pense notre sémillant docteur ?

- Moyen-Orient : L'approche russe est celle d'un producteur d'énergie considérant une zone de production concurrente, disposant en sus du feu nucléaire de proximité en cas de dérapage. Les désordres quasi-insurmontables de la région ne l'intéressent que sous l'angle mercantile. Il est loin le temps de l'influence ruineuse qui faisait porter à bout de bras les potentats arabes. On est maintenant dans le bizness ! Pour autant que la France ne la braque pas dans les disputes russo-européennes la Russie lui laissera la bride sur le cou pour faire de l'agitation diplomatique au Proche-Orient ou ailleurs, sachant que tout ça n'ira jamais plus loin que le possible, offert par la force anémique du protecteur autoproclamé des Arabes, infoutu de protéger le plus faible et le plus petit, le Liban !
L'Iran pour sa part ne sera jamais mis au coin parce que c'est un partenaire historique important sur la Caspienne, et qui pis est, rompu au terrorisme international.

-Europe : Le ferment de la dispute russo-européenne est apporté par la politique de confinement des Etats-Unis traduite par le débauchage des anciens pays du bloc oriental dans le bloc atlantique. Passe encore que des pays de vieilles traditions occidentales comme la Pologne, la Bohème, la Hongrie se retrouvent un jour au sein de l'Otan, si nous ne brandissons aucune menace à l'endroit de l'ancienne Union soviétique à partir d'eux. Mais agréger la Roumanie et la Bulgarie qui ont mieux à faire dans leur misère que d'acheter des armes, déstabiliser l'Ukraine qui est au coeur du dispositif naval russe, enrôler les pays baltes sans aucune valeur stratégique, est parfaitement inconséquent. alain JuppéL'Alliance atlantique sortie victorieuse de la Guerre froide n'a pas besoin de se compromettre dans une diplomatie de faucons-mouillés telle que la mène bêtement Washington. Personne ne pourra mettre à genoux la Russie ! Alors monsieur Kouchner, affûtez votre grandiloquence pour la tribune des Nations Unies, la délégation russe posera ses écouteurs !

Au-delà des réformes à négocier, le plus intéressant des six prochains mois sera l'angle d'attaque de Juppé sur le protocole de Kyoto, biaisé par les négociations du cycle de Doha.
A+

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