11 juil. 2007

Bois flotté de l'empire

OscarAssociated Press PAPEETE - 11.07.2007- Oscar Temaru, ancien président indépendantiste de la Polynésie française, a été condamné hier mardi pour "discrimination raciale" par le tribunal correctionnel de Papeete. Il devra verser une amende de 500000 francs Pacifique (4.000 euros) et 1 FCP de dommages et intérêts au particulier qui a porté plainte. La suite de la dépêche en cliquant ICI.

Traiter les blancs d'aihas (détritus amassés par la mer) prête à sourire de la part d'un Polynésien, peuple balloté par les nombreux courants du Pacifique Sud, et méritait sans doute moins une condamnation que le rappel des apports finalement bénéfiques des peuples européens aux civilisations premières (comme dirait le grand Jacques). Qu'aurait fait monsieur Témaru de sa journée, si nous ne nous étions jamais rencontrés ? C'est une boutade canaque.

Parmi ces "choses" abandonnées sur les grèves polynésiennes, on trouve dans l'histoire du siècle passé les coolies chinois, amenés là pour le coton et le coprah et tous travaux de force ou salissants. Loin de tout et de chez eux, abandonnés parfois à leur sort, ils firent souche sur ces terres de paresse et bien vite captèrent tout le négoce, puis lancèrent les fermes perlières. Les gentils Polynésiens assis à l'embarcadère à regarder le mouvement les virent arriver en riant de leur mines curieuses, leur accoutrement exotique et fripé, leur docilité, et purent les contempler ensuite "marner" comme des bêtes dans les plantations. Plus sur les Chinois de Polynésie en cliquant ICI.

Quand passe la Lexus noire, ou bleue, ou rouge, aujourd'hui sur le quai, le Chinois en Ray-ban "coudalaportière", est obligé de se frayer le passage au klaxon au milieu des Desouches amassés là à regarder le mouvement. Ils n'ont pas progressé d'un mètre, et ça agace monsieur Temaru, la Lexus bien sûr !

Il y a quelques années, j'avais été sollicité par une corporation mécanique chinoise pour entrer dans un projet de flottille de pêche hauturière monté par la France et financé par le Fonds européen de développement pour compenser le retrait du Centre d'Expérimentation du Pacifique en 1996. Soixante thoniers étaient en jeu, 57 seront finalement construits. Il ne s'agissait pour moi que d'approvisionner la chaudronnerie de Chine (les coques, les superstructures, les apparaux basiques) et d'armer et motoriser les bateaux avec des marques françaises ou occidentales faciles à maintenir localement (Baudouin, Duvant-Crepelle, Poyaud, Alsacienne). C'est ce qui se passe aujourd'hui pour le renouvellement de la flotte batelière française où l'on ne fait en France que la partie technologique.

Il me semblait périlleux de créer des capacités de chaudronnerie navale en Polynésie car le site industriel risquait de péricliter une fois les livraisons du programme achevées, par suite de la pression concurrentielle des chantiers coréens et chinois sur toute la zone pacifique. Il était au contraire intéressant de privilégier l'armement de pointe, l'électronique, les logiciels et la recherche informatique appliquée à la profession, soit l'industrie navale propre, seule porteuse d'avenir. La coopération franco-chinoise apportait une plus-value par le moindre coût de la partie chaudronnée, plus-value capable de financer les à-côtés nécessaires à l'activité halieutique, boxes de maréyage, tour à glace, voire équiper en machines-outils et outillage spécifique les chantiers existants, pour la maintenance future de la flottille, et à terme sa modernisation.

Preuve de tout ça, le thonier Faimanu III, présentement au récif attendant la marée, qui fut lancé pour moins cher et hors-programme en Corée du Sud en juin 2003. Construit par paire avec son frère le Faimanu IV.
Faimanu III échoué
Aucun responsable ne sut répondre à notre approche, malgré la profusion de discours ronflants publiés localement sur ce grand projet. Le gouvernement baignait dans la gloire de l'économie classique, héritée de la Flotte française du pacifique. A Papeete on lance, c'est vrai, régulièrement les thoniers du programme. Le coût importe peu puisqu'il est financé à Bruxelles ! En fait j'ai compris que faisant dérailler le projet initial, je créais localement du travail de réflexion qui pouvait rallonger les brèves journées de présence de la fonction publique territoriale, alors que tout avait été déjà fait ...... à Paris ! Que les Chinois soient prêts à investir de la compensation ne les intéressait pas non plus. Peut-être ont-ils eu d'expérience raison, les Chinois sont plus facile à prendre qu'à lâcher, et entretemps les Japonais ont raclé tous les thons de Polynésie !
Discours officiel de baptême du Vaeanapa en cliquant ICI.

Pour en revenir aux ahias, il est vrai que toutes ces terres autrefois coloniales connaissent l'afflux épisodique de bois flottés de l'empire, petits blancs, petits gris, petits noirs en quête de (petits) boulots, voire même désoeuvrés, venus là quérir des souvenirs scolaires et la syphillis, aventuriers de l'arche perdue de nos sociétés de la consommation et de l'efficacité à tout prix, en mal de cocotiers. Ils y plombent les comptes sociaux. Est-ce le fond du reproche que me ferait monsieur Temaru à moi qui vient de renouveler mon passeport ?

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Archives steppiques