9 janv. 2008

Les socialistes à la cape

Doit-on "dépêcher" le parti socialiste ? Acharnement thérapeutique coupable que de vouloir maintenir à la Une les ectoplasmes de Solferino (mais rhino c'est rosse !) qui n'en finissent pas de vider leurs humeurs sur la paille de l'agonie politique. Dernière contraction du colon, le génie de Nantes qui préside au sinistre discret des parlementaires de gauche vient de décider qu'ils n'iraient pas à Versailles modifier la constitution pour M. Sarkozy, puis qu'ils iraient à Versailles pour ratifier de traité simplifié de M. Sarkozy. Au nom de la cohérence doctrinale (!), la première abstention valide la voie parlementaire refusée par les socialistes (?!) quand le second scrutin auquel ils courront, use de ce subterfuge sarkozien !
A ce stade, on convoque la piqueuse !
C'est trop dur !

MM. Ayrault et Hollande
On savait le palais Bourbon inutile - il n'a même pas osé de tir de semonce contre le satrape de Cyrénaïque et sa garde amazonienne de passage à Paris - on le croyait capable au moins de ces remontrances dont le recul des sinécures imprenables autorise la fermeté. Rien ! La chambre enregistre. Amende, enregistre ! Pas même responsable de son ordre du jour, et la politique de l'Opposition devient illisible ! Sommes-nous à la fin d'un processus de décomposition ? Rien ne semble devoir arrêter maintenant notre super-président sauf le fils de l'Entonnoir et les deux critiques décharnés du Muppet Show qui l'entourent à l'enseigne ironique du sphinx.

Le système électoral législatif qui syndique les sortants pour le renouvellement des prébendes nous conduit à une sorte d'amicale des démocrates arrivés qui passent leurs longues journées à faire des caprices, des pirouettes, de bons mots. Aux frais de la Marquise. Certains fous écrivent même des textes de loi comme si nous en manquions, nous avons déjà les "codes" les plus lourds du Monde.

Qu'est devenu le parti de François Mitterrand ? La mémoire de cette haute époque dispersée par l'histoire et l'effondrement du référent soviétique, le parti retourne à la SFIO de Guy Mollet. Pour en savoir plus je me suis rendu sur le site officiel du PS. C'est un site de "communication" assez touffu qui s'inquiète de multiplier les domaines pour retenir l'audience. La version "statique" est plus compréhensible. J'y ai cherché une charte, un projet, un doctrine de physique sociale, et j'ai trouvé la charte de la rénovation ; c'est la grosse affaire. Tel un parti cartésien français où tout va donc par trois, le PS a 3 objectifs de rénovation énoncés en langue énarchique. Les voici pour que vous mesuriez l'insoutenable effort d'imagination qu'ils convoquent au chevet du parti :

(1) Réaffirmer les valeurs fondatrices de l’engagement socialiste et aller le plus loin possible dans l’actualisation de nos objectifs, de nos concepts, de nos analyses, de nos orientations afin de jeter les premières bases de la refondation idéologique et programmatique dont la gauche du XXI siècle a besoin, condition nécessaire d’une reconquête politique durable.
Les valeurs fondatrices sont éparpillées sur tout le site, sans doute raccrochées aux droits de l'homme et du citoyen de 1789. On ne peut que les deviner. Refonder une idéologie ne semble pas leur faire peur, même s'ils se sentent appelés par le siècle qui les a enterrées. Quant aux programmes, ils sont bien les derniers à y croire encore, tant les circonstances les modifient en continu. Finalement ils ne souhaitent pas tant que ça se risquer dans le monde réel. Ce monde est le règne de la ploutocratie qu'on ne voit pas défaite de sitôt, du moins tant que les empires émergents se rangent sous sa bannière.

(2) Rénover nos procédures et revoir notre organisation afin de nous doter d’un instrument politique moderne et offensif en phase avec notre temps, ce qui suppose de simplifier notre fonctionnement, de redéfinir nos règles de délibération, nos processus de décision, les modalités de notre vie collective, pour donner de la force à notre vision de la société, de l’enthousiasme à notre engagement militant, de l’attractivité et de l’efficacité à notre mouvement.
Le comment et pourquoi tout remettre à plat. Quand on connaît le sac de noeuds de l'organisation socialiste, on comprend que M. Hollande lance le projet pour aussitôt s'en extraire en ne se représentant pas. L'enthousiasme et l'attractivité semblent avoir été mouchés durablement par la guerre de 100 ans des éléphants. La Jéhanne du Poitou règlera-t-elle tout par l'assaut des fortifications encombrées de vieux gras à monture titane ? Elle est amour, nous confie-t-elle. Tant mieux pour le parti qui serait bien inspiré de sortir au soleil de l'irrationnel car la logique s'en est enfuie.

(3) Engager le dialogue et la confrontation avec les associations, les syndicats, les autres formations progressistes, les citoyens pour tracer les nouvelles frontières de la gauche et construire un rassemblement majoritaire et cohérent capable de porter ensemble demain, dans la durée, un projet offensif et crédible de transformation sociale.
Cela ressemble furieusement à une mutualisation de la construction d'une nouvelle Ligne Maginot contre le Capital qui a liquéfié les deux tiers du staff socialiste, construction justifiée par un "projet offensif de transformation sociale". Pour du creux, on est dans le creux. J'imagine Besançenot penché sur ce texte fondateur et s'invitant au forum ad hoc !

Le cahier des charges de la procédure de rénovation qui suit la charte est un modèle de langue de bois administrative, bien sûr, ce sont les mêmes qui rédigent les lois. S'il est destiné à canaliser les efforts, l'affaire semble perdue d'avance, les chevauchées tous azimuts ont déjà commencé, à ce que ne peuvent cacher les compte-rendus d'ateliers expurgés et la lecture des blogues thématiques. Mais c'est la loi du genre en période de transformation.

Bien que l'exercice coule d'ordinaire du général au particulier, rien dans la charte n'évoque l'environnement stratégique et écologique dans lequel la nouvelle société socialiste doit briller de tous ses feux. S'essaye-t-on aux débats participatifs royaliens ? Bon courage. L'internationalisme qui fut une des sourates du coran est obscurci par la mondialisation sur laquelle le PS ne s'est pas fait de religion, ne sachant encore si une position tranchée l'avantagerait ou le coulerait. Mais il est difficile d'être à la fois pour l'Europe institutionnelle et contre la globalisation qui la prolonge, même si on ne la comprend pas bien : "la mondialisation apparaît d’abord comme un phénomène cognitif qui bouleverse les attentes des peuples à l’égard de l’État-Nation et à l’égard d’elle-même [...] La transformation et non la disparition de l’État-Nation est désormais à l’ordre du jour. Ce qui doit conduire à l’élaboration d’une géographie des hétérogénéités géopolitiques générées par les diverses réactions au deuxième choc de la mondialisation. (Marcel Gaucher)"

On comprend mieux que monsieur Ayrault et son compère en baraque de foire, Hollande, lassés des fumées d'encens du temple, s'amusent aujourd'hui à ces palinodies constitutionnelles, j'y vais, j'y vais pas. Ils n'ont aucune ligne de vie de ce bord ou de bâbord à laquelle s'accrocher. Le bateau socialiste est celui du Hollandais Volant, fait de voiles arachnéennes, de filins de soie moussue et de bordés crevés, où l'on a ôté la roue de barre pour en faire un lustre ! L'important, c'est de passer encore au 20-heures, même au prix du scandale. Tout est bon bois qui brûle dans les lucarnes bleues, et les membrures de coque sont appelées à l'âtre médiatique. Les amiraux ont débarqué, le bâtiment devrait sombrer. Lancera-t-on son jumeau, tout neuf ? Beaucoup préfèreraient croire en la métampsychose et s'éviter la rénovation ou pire, le clonage.

le Hollandais Volant
Mais ne nous réjouissons pas de la disparition "programmée" de ce grand parti de gouvernement, en effectif ; il restait le seul contempteur de la Loi du Marché. La voie du libéralisme intégral s'ouvre en grand et la progression des arrivistes sera masquée par le barrage d'artillerie médiatique que nourrissent les oligarques au pouvoir enfin ! Nous entrons en phase de thatchérisation, honteuse. Vive le Fric !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Archives steppiques