25 févr. 2012

Traîtres en stock

Je ne sais pourquoi j'ai repensé hier à Patrice Evra, "capitaine" comme la lune de l'équipe de France de football, planté à Knysna tel le dimècre et cherchant "le traître", celui qui a dit à qui ne fallait pas qu'il avait vu l'ours, je le jure... et même pas peur ! Des traîtres ? Nous sommes cernés. Il suffit d'ouvrir le poste ces jours-ci, on ne raconte que du "off", on vend de l'interdit comme de l'élastique au mètre, tous les candidats sont trahis et retrahis ; les traîtres font la queue - enfin, le bon usage dit "antichambre" - dès fois qu'il trainerait un maroquin orphelin dans les cartons du vainqueur de mai. Des traîtres ?  je vous en mets combien, chère Médème ? Au village sans prétentions, c'est Jacques Aboucaya qui tient la banque à viande et, comme le charcutier de saint Nicolas, plonge dans le saloir son grand couteau à égorger, vif. Hallal c'est tendance ! Et ça débite, croyez-moi.

Que serait l'Histoire sans le traître ? Un baquet d'eau tiède à se laver les pieds. Sans remonter jusqu'à Brutus - au fait, a-t-il couché ou pas avec la femme de César ? - qui se souviendrait de la mièvre Guenièvre si ce niais de Lancelot du Lac n'avait décrit de manière bien osée l'incandescence de son "sentiment" sur les murs de sa piaule ? Ganelon fit Roland et Durandal d'un même coup, le chouchou de Barbe fleurie serait passé ni vu ni connu à Roncevaux. Qui se souviendrait du connétable de Bourbon, grand capitaine certes mais au milieu de tant, s'il ne s'était vengé de la mère de François Premier ? Et aujourd'hui, sans faire défiler grands et petits traîtres de rencontre et autant d'ennemis, qui saurait encore le nom de Salan s'il n'avait pas trahi pour l'honneur de la parole donnée ? C'est compliqué finalement, il y en a trop, et le seul remède à notre défaut de traîtrise est de se procurer le hachoir d'Aboucaya, publié aux Editions du Rocher sous le titre amusé d'un Eloge de la trahison. On ne s'ennuie pas.

En remerciement, le brûlot tartare dédicace à l'auteur du pamphlet un morceau de Chet Baker pour égayer sa campagne silencieuse et paumée :

You and the Night and the Music



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