6 avr. 2012

Tu ressembles...




Tu ressembles à la musique
Par la détresse du regard,
Par l'égarement nostalgique
De ton sourire humble et hagard ;

Les plus avides mélodies
Qui me boivent le sang du coeur,
N'ont pas de forces plus hardies
Que ta faiblesse et ta pâleur.

Les lumières dans les églises
Ont le même rayonnement
Que ton visage, où je me grise
Du goût d'un nouveau sacrement.

Tu n'es qu'un enfant qui défaille,
Mais, par les rêves de mon coeur,
Tu ressembles à la bataille,
A Jésus parmi les docteurs,
Aux héros morts sous les murailles,
A tout ce qui lutte et tressaille,
Au Cid sur un cheval dansant,
Au martyr, dans le Colisée,
Sur qui la bête harassée
Passe, comme un linge apaisant
Tout trempé d'amour et de sang,
Sa langue calme et reposée.

Anna de Noailles
(1876-1933)

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