10 sept. 2012

Histoire banale de vacances

La rupture de caténaire. Sur quatre enfants de la famille qui vont en Aveyron s'occuper de leur mère, trois ont goûté aux joies de la rupture cette année. Alors je raconte la mienne. Le TeOz part à l'heure de Brive-la Gaillarde et tombe en panne dans un tunnel à trois kilomètres avant Vigeois. Impassibilité totale des voyageurs qui s'attendent à se voir demain à la télé ! Interdiction formelle de sortir du train pour raison de sécurité.


Le personnel embarqué annonce bientôt que les claustrophobes et les connectibles doivent avancer en tête de train car une partie des voitures est située au débouché du tunnel, les batteries de bord ne pouvant éclairer longtemps les voitures sans recharge par la caténaire.
Cohue calme mais cohue. Congestion bien avant les voitures de tête. Les petits enfants commencent à pleurer.
Deuxième annonce du personnel de bord. La circulation sur la voie à contresens étant désormais arrêtée, chacun peut sortit sur le ballast et gagner à pied la lumière. On voit le point blanc là-bas. On se détend. Les gens commencent à parler, plutôt zen. Attroupement devant la locomotive, un agent explique. Un câble à cheval sur la caténaire a donc été heurté par le pantographe qu'il a endommagé coupant l'alimentation électrique. Je vois que la caténaire est tendue et que le pantographe de secours est abaissé. Mystère.
Les minutes passent...... depuis plus d'une heure. Un hélicoptère de la Gendarmerie tourne autour de nous. Ah... du renfort ! Mais pour faire quoi ? Pour prévenir l'émeute sacrebleu.
Il pose quatre gendarmes en tenue "Clichy-sous-bois" avec gilet et matraques électriques en sus de l'arme réglementaire. Les gens allant et venant sur le ballast en attendant l'équipe de dépannage qui est annoncée pour dans une heure, font désordre. Ordre est donc donné par la maréchaussée de remonter en voitures. On se demande bien pourquoi, mais comme les voyageurs ne sont que dans la deuxième heure de la panne, ils s'exécutent bon enfant sans hâte. Chacun reprend sa place que le wagon soit noir ou allumé. On n'ira pas à Drancy c'est déjà ça, même si l'injonction a un goût déplaisant !
Se succèdent bientôt les annonces de réparation en cours, puis un compte à rebours imprécis mais qui signale une solution aboutie bientôt.
Sieste... on bouge ! Ça repart doucement. Et en plus de temps qu'il n'en faut au canon pour se refroidir, le convoi atteint Uzerche. Je fais ce trajet avec le lama Matthieu Ricard, hyper-zen donc ! Ils vont changer la locomotive avariée.

Je n'y suis pas du tout. Comme le pianiste qui se casse les reins à rapprocher le piano du tabouret, on va changer de voyageurs, c'est plus sûr ! Dame Bêtise vient d'apparaître à la grotte d'Uzerche, la Connerie en bottes de fer ne devrait plus être loin maintenant. Effectivement, l'escouade de gendarmerie anti-émeute est doublée par autant de bedaines de la police ferroviaire. Si, si, ils ont déplacé les gras-du-bide de la police ferroviaire de Limoges, pour pousser le train peut-être !
Ces messieurs-dames sont priés de débarquer avec enfants et bagages et d'attendre deux autorails qui descendent de Limoges-Bénédictins pour embarquer tout le monde. Inutile de se précipiter dans les escaliers, parce qu'il faut descendre poussettes, gosses et valises sous la voie, puis remonter l'autre escalier. Les autorails ne sont qu'annoncés (3/4 d'heures). Les gens s'entraident ; les forces de l'ordre, parfaitement carbonisées du cerveau, observent ce cirque les bras croisés, certains distribuant des bouteilles d'eau de source.
Miracle enfin, les autorails n'ont pas déraillé et les pandores n'ont matraqué personne ! On charge le train Diesel d'une humanité paisible parce que passablement éreintée.

Limoges-Bédictins tout le monde descend. Ben oui ! Vous n'imaginez quand même pas que les autorails vont monter jusqu'à Paris, ils y rompraient les biellles sans doute !
Chance inouïe ou bienveillance de l'aiguilleur, le train pour Paris est à quai, sur le même quai ! Il ne s'agit donc que de charger les sept voitures de Brive dans les voitures pour Paris dans lesquelles il y a bien sûr des voyageurs. Re-poussettes, gosses, bagages, les agents du contrôle nous signalent que tous les sièges sont en placement libre (dé-réservés), on s'asseoit où l'on peut. Des familles campent donc sur les plateformes devant les chiottes, d'autres ailleurs et n'importe où, autant dire qu'assis on ne bouge plus. Le train s'ébranle, mais par le retard accumulé s'arrêtera ci et là pour desservir des gares non prévues, nous dit-on. OK, plus on est de fous ! C'est pas grave. La compagnie met à disposition des boîtes de survie style "crash sur l'Amapurna" mais végétarienne, au cas où un melon serait pris dans le désastre ! C'est mieux aussi pour les bouddhistes et les diabétiques.

Arrivée à Paris avec quatre heures de retard. Finalement ce n'est rien quand on lit la presse de mauvaise humeur.
Et hop, je sors d'Austerlitz, prend le nouveau pont et m'engouffre dans la bouche de métro du RER gare de Lyon. Ouf !
Pas de RER. Sur ma destination, il n'y a plus de train après 10 heures du soir car au mois d'août ils changent les rails je ne sais plus où. Mais le téléphone marche !




1 commentaire:

  1. Postscriptum :
    L'annonce de l'arrêt de trafic n'étant faite qu'après les sas d'accès aux quais, mon ticket est composté sans autre issue que St Germain-en-Laye, fief RATP non entravé. Ce qui fait qu'à destination, ce ticket n'ouvre pas les portes et que je dois sauter comme une racaille la barre et la porte anti-saut avec bagages et sans armes. Dommage ! Le prochain voyage je prends mon calibre 12 scié.

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