20 sept. 2012

L'une chasse l'autre


Dernier conte d'été en fin de vacances.

Il est un proverbe courant dans la noblesse d'Ancien régime - ne mélangeons pas tout - proverbe qui a soutenu la meilleure filière agronomique de notre fin de terre : « une cuite chasse l'autre ». C'est aussi vrai du cafard.
Un petit noble de mes amis, mal marié, je n'ai pas à dire à qui la faute, était submergé de tristesse parfois, à s'y noyer les poumons de grippe noire. Il faisait alors son baise-en-ville, le plein, et prenait la route de l'Italie pour Firenze, au volant d'une Alfa-Romeo deux places blanche, du modèle qu'on offrait aux princesses du temps jadis pour leur bac. A peine un jour plus tard il posait ses affaires au Palazzo Guadagni, toujours à cet endroit. Raffraichi et vêtu, il sortait promener son chagrin avant de passer à table. C'était chaque fois le choc.

Sans idée de manoeuvre, sans but, il croisait les femmes les plus belles du monde, puis s'arrêtait à la terrasse d'un café pour continuer le spectacle gracieux, de la beauté, de l'irrésistible envie qui lui pétrissait le coeur et le forçait au Fernet-Branca pour se punir de tromper sa mégère en pensée.
Quand la lumière avait baissé et que s'allumaient les lampions de la débauche, il se mettait en chasse pour une compagnie vespérale sur le mode jamais pris en défaut du touriste perdu. Aucune fois il ne fit choux blanc, aucune fois il n'eut à se plaindre de la carte, aucune fois il ne se réveilla au matin l'esprit clair.


Alors venait l'heure de demander la note, de jeter la valise dans le coffre étroit de la belle auto blanche et reprendre la route de Montpellier dans un cafard terrible. Celui qu'il allait retrouver chez ses pénates lui semblait chaque fois plus supportable ; et pour vaincre sa mélancolie il invitait son épouse au Vieux Four d'avant la "rénovation". Le "chef de rang" y était de connaissance et laissait la bouteille.

Il s'est tué sur la route de Palavas juste avant qu'on ne coupe les arbres.




Neurasthéniques, ce conte vous a-t-il guéri ?

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