15 mars 2013

Bonne Europe

Note liminaire:
Après avoir suggéré hier de renouer avec la vieille obsession angevine des "deux royaumes" en quittant l'Union européenne en compagnie de nos cousins rosbifs, nous explorons dans cet article l'alternative d'une Europe ramassée, en prenant la remorque de l'obsession anti-turque.

S'il est difficile de trouver aucun axe conquérant à la politique internationale du Quai - M. Fabius fait de son mieux - il n'en est pas de même au Divan d'Ankara. Le régime mollement musulman de l'AKP turque renoue avec le tissage diplomatique de la Sublime Porte. On frise l'ottomanie, et le peuple ne dit pas non. La steppe étant la mère de tous les grands sultans, le blogue tartare se doit bien d'irrupter.
La Turquie a cessé le harcèlement à son couchant pour prendre ses marques au cœur de sa zone d'effort. Renversement d'alliance - on ne parle plus aux Juifs -, déstabilisation de son éternel contempteur, la Syrie, pacification du tracé des gazoducs transcaucasiens, respect de l'ombre russe sur la Mer Noire. Elle est prête à être cette fois convoquée par l'Europe en lieu et place d'un dépôt de candidature. Le Marché commun a besoin de la Turquie populeuse et industrieuse, les arguments ne manqueront pas, mais on peut persister dans un refus, motivé par les racines islamiques du vieil empire, à condition de ne pas se planter. Qu'est-ce à dire de se planter ?



Un prince se plante

Dans un mensuel que la cause monarchiste produit, j'ai lu jadis une relation de voyage en Turquie de quelqu’un qui prétend aux plus hautes destinées de la Nation, si Dieu se penche. Il était contre la Turquie dans l’Union, et d’énoncer les griefs sans presque respirer, la précipitation ne dispensant pas d'une meilleure analyse. Nous allons reprendre l'argumentaire et montrer qu'il est contreproductif en "propagande" de ne pas tourner sept fois la langue dans sa bouche.


I/ La géographie: " Regardons la carte: non seulement la partie européenne de la Turquie est minuscule (5% de sa surface), mais 5 de ses frontières voisinent avec l’Asie, dont des pays de haute insécurité " dit le prince.

Sauf votre respect Monseigneur, la carte géographique n’est pas un argument fondamental. Dans quel continent situeriez-vous l’épopée grecque, puis la splendeur byzantine, et les fastes ottomans ? Si vous en citez un, vous n’avez pas écouté ma question (sorry).

(a) La Turquie est frontalière de 3 pays cartographiés en Asie : Irak, Syrie et … Chypre. Ses voisins du nord et nord-est ne se disent pas en Asie. Ils sont d’ailleurs du type " caucasien ". Citons les deux les plus connus de notre distingué lectorat : 

L’Arménie devint à la chute de l’Empire grec un royaume puissant, bientôt vassal de Rome. Elle devint en l’an 300 de notre ère le premier état chrétien de l’histoire et se couvrit d’églises et monastères. Toute son histoire, ses heurs et malheurs la projetèrent au nord ou à l’ouest, pas en Asie.

La Géorgie, pays de la Toison d’Or des empereurs barbus d’Occident, se convertit au christianisme au IVè siècle et le pays se couvrit d’une architecture religieuse remarquable. Dans les lettres et les arts le pays atteint son apogée au XIIè siècle sous la reine Thamar. N’a jamais pataugé en Mésopotamie !

(b) Dans l’espace-temps actuel, le voisinage d’états dangereux ne s’inscrit pas au débit de la sécurité. Les Etats-Unis loin de tout ce beau monde ont eu le Onze Septembre. L’Espagne … Madrid, quid du prochain ? Peut-être serait-il avisé au contraire de s’approcher de la gueule du tigre pour bien lui planter le pieu au fond de la gorge.



II/ La démographie: 75 millions d’habitants actuellement, près de 200 en 2020, avec une fécondité de 2,04 enfants par femme. " Cette croissance démographique rend utopique et dangereux tout projet d’intégration européenne " dit le prince. Monseigneur nous rappelle aussi qu’à Bruxelles le premier ministre turc Erdogan, en fit une fois un argument économique : "Nous représentons 60 millions de consommateurs supplémentaires" disait-il.
La démographie a aussi des incidences politiques : " Ce qui apparaît incroyable, dans cette affaire, c’est que l’on envisage en toute inconscience qu’en 2020 la Turquie puisse afficher un plus grand nombre de députés que la France au Parlement de Strasbourg !"

(a) Oui, la démographie turque est un vrai problème mais par comparaison avec celle de l’Europe d’abord. 
L’incidence démographique sur sa liberté de choix est patente déjà, avec ou sans la Turquie. Les politiques sociales nationales intègrent toutes une faible croissance démographique voire une contraction comme en Allemagne, en Hongrie ou en Lettonie. La vraie question serait plutôt de savoir ce que l'Europe compte faire devant la montée en puissance d’empires populeux comme l’Inde, la Chine, le Brésil. La pression turque n’est qu’une alerte prémonitoire.

(b) Quant à la perte d’influence de la France au parlement intermittent de Strasbourg, elle est déjà avérée pour de multiples raisons, la plupart de son fait, et ce n’est pas fini. Qu’en restera-t’il en 2017 ? Suivez juste le classement des PNB …



III/ La religion et la culture: Même s’il existe une tradition laïque depuis Atatürk, la quasi-totalité de la population turque est de religion musulmane. Monseigneur souligne que : " C’est un pays profondément musulman, tant par son architecture que par sa population. (…) Ce qui m’a frappé (sic), ce sont surtout les innombrables mosquées et le nombre toujours plus considérables de femmes voilées. A première vue, il est évident que rien ne rattache ce peuple à la culture européenne. (…) Tout nous sépare de la Turquie: philosophie, histoire, religion. On ne construit pas une union politique sans un partage de fondamentaux acceptés par chacun des membres " ».

Jusqu’à vous surprendre, la religion, je ne discute pas, sauf sans doute à Istanbul et chez les Thraces païens. Pause : l'islam n'a-t-il pas laissé aussi des merveilles en Andalousie ?

Mais quand je lis "A première vue, il est évident que rien ne rattache ce peuple à la culture européenne" je me dis qu’il faut changer les lunettes de première-vue et se souvenir que l’Empire ottoman à son apogée fut un empire balkanique. Ses possessions asiatiques et africaines étaient plutôt des colonies, comme en eurent les empires «européens». Où était le cœur battant de l’empire turc ?


En revanche, ce en quoi nous saurions approcher la perception par un prince de l'exotisme ottoman, est que l'Europe unie, telle que nous la vend le système politico-médiatique, est en fait une construction ... idéologique, même si l’adjectif est galvaudé et connoté. Construction artificielle, concept hors-sol, etc... ensemble flou ! Y agréger quoique que ce soit est folie !



Quelles sont les Valeurs de l’Europe ? Quelle Europe prétend-on construire ?


Tout le monde connaît les valeurs et monter à l'assaut de l'Europe est pour certains manière de contester ces Valeurs sans enfreindre apparemment le consensus démocratique. Le prince ne peut être dans ce camp, et il n'y a aucun doute ici. Mais ces valeurs se sont estompées derrière la marchandisation de l'Europe.

Dès l’entrée du Royaume Uni, l’Europe a muté en un concept idéologique attrape-tout. Mais pas plus que ne le furent avant elle le Saint Empire divers et varié, les empires romains d’Orient et d’Occident, l’empire d’Alexandre et tant d'ambitions transnationales !
Dans cette Europe étendue jusqu'au levant, la France qui n’a plus de projet européen national depuis longtemps, va se fondre et diminuer relativement en taille. Mais sans l’Europe, la France aurait déjà disparu des écrans radar et, en faillite déclarée comme la Grèce, passerait faire la quête à Washington à chaque fin de mois. Sans parler de son siège au Conseil de Sécurité, de la direction du FMI, de l'OMC ...

La seule vraie Europe qui aurait marché eût été l’Europe des Six, arrondie à 7 ou 8 (Autriche, Danemark). Celle que nous voyons s’épandre aujourd’hui jusqu'aux plaines glacées biélorusses est une mosaïque multi-ethnique qui manque cruellement de projets fédérateurs forts et de chefs charismatiques viscéralement convaincus et offensifs. Car il s'agit bien d'offensive contre les vieux empires émergents.
Mais cette Europe ramassée, forte, respectée est toujours faisable.
Au sein de la confédération qui se dessine par le refus du budget communautaire, fédérons-nous étroitement à quelques-uns, sans les Danubiens, les Turcs, Moldaves, Poldèves, Bougres, Ukrainiens, Arméniens du haut et bas Kara-bogaz, Géorgiens et autres Transnistriens (ça existe !). Et nous l’aurons le cœur battant du futur vrai empire, sans lequel la France malade va entrer en soins palliatifs avant peu. Le problème, "notre" problème, est qu'elle sera allemande, sérieuse, responsable devant les générations futures, en un mot : impossible en l'état d'occupation des sols par une classe politique de petit calibre dont la médiocrité s'étale au fil des ondes chaque jour et qui défend tous ses retranchements.

Qui voudra s’agréger au "petit empire" devra répondre aux critères de cette fédération, au lieu que ce soit elle qui édicte des critères pour englober tout le monde. Rien n'interdira la coopération sur ses marches et sur ses zones d'intérêts stratégiques. Que de temps perdu dans cette aventure infinissable !

Tour de Babel de l'U.E.


Epilogue
Dynamitons la Tour de Babel qu’on nous oppose, éradiquons la Commission de Bruxelles et toutes ses métastases et laissons la zone de libre échange de la CEE se développer jusqu’au plus loin, en pensant y vendre quelque chose quand même. Et sur les débris de la Tour construisons cette Fédération d’Europe Occidentale gouvernée a minima par un Conseil de sages, un peu à l'image du sénat américain, où nous intégrerons les pouvoirs essentiels à la cohésion d'un projet de puissance. Car il n'y a que ça de vrai. En souhaitant que la classe politique française arrogante et bornée, qui joue au bonneteau démagogique depuis trop longtemps, disparaisse dans le cataclysme et fasse place aux ardents honnêtes.
Amen :)




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