27 mars 2013

Mon auréole pour un empire


On cherche des noises à Aung San Suu Kyi. "C'est ma copine", je la défends contre les embaumeurs du camp du bien que je conchie. Après sa libération arrachée de haute lutte à la junte birmane par Washington, Londres et Tokyo pour faire pièce à l'entrisme mercantile chinois, le magasin du prêt-à-penser lui offrit le Nobel de la paix. J'y étais par mon écran, le son coupé, on aurait pu penser à des funérailles interminables, 29 minutes de remerciements de la lauréate, bien plus qu'un César pour la carrière de Jeanne Moreau. La Guanyin de la jongle, la Vierge de Rangoon, la Térésa des décharges, rien ne collait vraiment. L'œil déjà pétillant ou sévère, reste à 67 ans vif, la dent aiguisée ! Elle est de la classe.

Aung San Suu Kyi ne voit pas son avenir au paradis, elle n'est pas sur l'agenda d'une canonisation de pureté transcendantale même si sa vie de recluse donne tous les chromos sulpiciens du genre ; elle est venu continuer l'ouvrage de son père : bâtir une Birmanie moderne et prospère où vit un peuple heureux et fort. C'est ainsi que députée au parlement, elle est partie admonester les villageois d'une zone minière de Birmanie centrale (Let-pa-daung), qui bloquent le développement de l'extraction de cuivre dont le pays a besoin. Ailleurs, la répression brutale des communautarismes exogènes ne lui lève pas un cil ! Elle sait les ravages des codes islamiques en Inde pour ne pas en tolérer leur prolifération, à tout motif et charitable d'abord. Elle sait aussi que les sectes hindouistes sont des chaudrons bouillants. On se recentre sur les fondamentaux, le socle millénaire bouddhique. Les niais et les pauvres avaient cru qu'elle était leur avocat. Les examinateurs étrangers pensaient l'y cantonner. Elle est celui de la Birmanie ; et ça gratte !


Le Prix Nobel accompagné à la tribune officielle du défilé aujourd'hui

27 mars 2013 : 68ème Tatmadaw day : la fête des forces armées birmanes, grand défilé militaire, ma copine est à la tribune dans un magnifique sarong canari, comme une reine entourée des égards prévenants des généraux fachistes. Fille du créateur de la Birmanie, Aung San, le chef jadis du parti communiste birman, architecte de l'indépendance et surtout celui qui organisa une armée moderne, avant d'être assassiné par ses rivaux, elle déclara au mois de janvier dernier qu'elle était très "fan" de la belle armée birmane, et le prouve aujourd'hui. Ce qui déplut aux salonnards germanopratins, déplaît aujourd'hui à l'opinion internationale, l'engouement est tari. Libre, elle se révèle une Thatcher tropicale ! En plus elle ne mâche pas ses mots à ce qu'on dit dans les chancelleries, à se demander vraiment pourquoi elle le devrait, tant les mêmes chancelleries furent accommodantes avec la junte du général Tapioca¹ pour prendre des concessions minières. On comprend mieux pourquoi la junte l'avait mise au trou, elle était de la trempe de ceux qui passent sur les ventres trop gras à la chenille des chars !
Finalement elle a trop appris à connaître les gens en résidence cloîtrée pour se laisser balader par les "honoris causa" et autres foutaises pour "has-been". Elle a du pain sur la planche et d'abord construire un vrai parti et pas une secte d'adorateurs, car elle aura besoin de soutien quand se mettront à l'oeuvre les dénigreurs rampants de la conscience universelle. Elle se prend pour la Birmanie, ma copine ! Je l'aime comme ça.








(1) C'est le sobriquet dont elle affublait Than Shwe après lecture de Tintin et les Picaros à la libraire française de Rangoon.


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