29 avr. 2013

Le salut par l'union ?


« Il n'y a en France de classe capable par elle-même de porter dans le gouvernement l'esprit de suite qu'il exige » disait le comte de Corbière dans ses Souvenirs¹. « Celle qui se trouve en possession du pouvoir depuis 1830² est hors d'état d'atteindre, et même de se proposer, le véritable but de tout pouvoir, en même temps qu'elle sera toujours révoltée de toute tentative pour la déposséder.»

Louis Gallois
Légalisé par l'élection démocratique, tout pouvoir élu en revendique une légitimité inoxydable quelles que soient ses capacités dans l'emploi, alors qu'il devrait tout faire pour l'acquérir, celle-ci n'étant jamais sûre. Il bétonne ses positions sur le suffrage universel sans accepter que l'Opinion soit du vent qui vente et puisse le déjuger aussitôt installé. C'est ce qui arrive à cet attelage scabreux constitué depuis un an qui mit au joug des responsabilités un plumitif timide et arrogant et un combinateur de couloirs. Elus normalement, ils sont rejetés en bloc. On ne peut attendre d'eux qu'ils acceptent d'être si largement sous-dimensionnés. L'IFOP a publié hier un sondage dévoilant un voeu national de gouvernement d'union, resserré et pugnace, tout le contraire du cabinet chamallow actuel ; à 78% : ce qui veut proprement dire : "dégage !"
On peut être surpris de voir François Bayrou recueillir le plus de suffrages pour former ce cabinet de salut national, mais ceci n'indique-t-il pas que les gens ont soupé des rodomontades des partis en perpétuelle dispute et leur préfèrent des hommes politiques de bon sens, dégagés des contingences partisannes qui étouffent tout sursaut. L'ego surdimensionné du Béarnais ne semble pas le brider dans l'estime qu'il suscite, sans doute y voit-on une marque de caractère.

On sait aussi que François Hollande n'appellera pas ce cabinet d'union parce que cela suppose que soit prise une décision grave pour le parti socialiste, par lui seul, contre toute la coterie qui le protège. Elu par défaut à la suite des primaires de gauche, indécis de nature, il n'a pas le tempérament d'un chef d'Etat, à peine celui d'un chef de parti, dont il fut longtemps quelque sorte d'adjudant major qui tenait (assez mal) la boutique pendant que les chefs se frottaient aux dures réalités à Matignon et à l'Elysée. Martine Aubry n'a-t-elle pas déclaré lors de sa prise de fonction à Solférino : "quand je suis arrivée, même les toilettes étaient bouchées !". Martine Aubry que les Français appellent aux affaires car son tempérament assez violent leur plaît pour nettoyer les ch... écuries d'Augias !

Louis Gallois, qu'on ne présente plus, vient en troisième position. Son parcours exemplaire au plus haut niveau plaide pour lui. Son premier handicap est d'être infiniment plus capable de gouverner qu'aucun président ou ministre issu du parti socialiste, et cela se voit tellement que tous les apparatchiks aux manettes vont le dévier de sa course. C'est le vrai Scud à tête atomique dont on se protège en haut lieu.

Finalement les gens capables - il me reste un doute pour Bayrou - seront toujours barrés par les gens médiocres mais habiles, opérant en meute. C'est le drame de la démocratie d'étage national, un régime parfaitement adapté au gouvernement des cités, mais calamiteux à celui des grandes nations. Ne pouvant revenir à la monarchie en l'état de l'Opinion, ne pouvant imiter la démocratie minutieusement réglée de la Confédération helvétique car elle requiert une maturité citoyenne que les Français n'ont jamais atteint, la France est condamnée au diabète gras de son déclin pour servir d'ordinaire à l'appétit de la classe dominante dont la situation de rente est surprotégée. Il est stupide d'aller vociférer dimanche 5 mai à la Bastille pour appeler la sixième mouture de ce régime handicapé moteur. Jusqu'à ce qu'une convulsion salvatrice apportée par l'impuissance générale ne termine cette période d'affaissement politique, économique et surtout moral, au sens où l'entendait le comte de Corbière en anticipant le coup d'Etat napoléonien de 1848. A l'anarchie et vite, s'il faut transiter par là, mais qu'on en finisse, morbleu ! Se lèvera alors le Nettoyeur !
Mais si !


(1) Le comte de Corbière fut ministre de l'Intérieur sous la Restauration et ami de Villèle (Le Lien Légitimiste)
(2) La bourgeoisie affairiste de la Monarchie de Juillet dont on a vu l'avatar moderne sous Sarkozy


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