2 avr. 2013

Merah à la barbe de Guéant

Il y a un an, on abattait Mohamed Merah qui sautait finalement la fenêtre de son appartement. Dans cette fin du tonnerre (400 étuis), le tueur en série s'était fait courageusement justice après s'être acquitté de sa mission avec la plus parfaite lâcheté. Il trouvait à la fin de quoi alimenter son souvenir dans la mouvance du Djihad. Il faut plus d'un cours d'initiation à la psychologie des tueurs pour comprendre sa démarche ; j'y renonce. Mais ce n'est pas de lui qu'il s'agit aujourd'hui. On se souvient des formidables moyens engagés pour bloquer la ratière sous les ordres immédiats de M. le ministre de l'Intérieur soi-même, premier au commandement, premier au micro. Dès fois que le rat ne s'échappe ? En dépit du RAID, de la DCRI, de l'Antigang peut-être, le rat est bel et bien sorti. Compte-rendu d'enquête journalistique piqué sur AgoraVox jadis (pas retrouvé l'URL):

« Comment, le 21 mars dernier (2012, ndlr), deux heures avant l'assaut des policiers du Raid, Mohamed Merah a-t-il pu sortir vers 1 h du matin de son appartement de la rue du Sergent-Vigné à Toulouse, se diriger vers une cabine téléphonique avenue de la Gloire à un peu plus d'un kilomètre de là, passer un appel à une journaliste de France24 puis rentrer chez lui le plus tranquillement du monde sans être aperçu par un policier ? : à 00h22, il se trouve au numéro 79 de l’avenue de la Gloire, dans une cabine téléphonique. Il y passe quatre coups de fil, respectivement à Al-Jæzira à Paris, BFMTV, i>Télé et enfin France24, où il finit par joindre un interlocuteur. Durant les quatorze minutes de cette conversation, il revendique calmement ses crimes. Il est 00h45. Alors qu’il se rapproche de son domicile de la rue du Sergent-Vigné, Merah s’arrête dans une autre cabine, au 69 avenue de Castres, à trois rues. Il tente alors, de nouveau, de joindre Al-Jæzira et BFM. Sans succès. Parallèlement, Merah adresse au siège parisien d’Al-Jæzira une copie vidéo de ses massacres. Le courrier a été posté « entre le mardi 20 mars après 17h30 et le mercredi 21 mars avant 17h30 », estime la Poste. Compte tenu du siège du Raid, le pli n’a pu être expédié qu’entre la fin de l’après-midi du mardi et le moment où le terroriste rentre chez lui vers 1 heure. Remarque-t-il quelque chose ? Entre l’avenue de Castres et son immeuble, il passe en tout cas à proximité immédiate d’un dispositif de surveillance. Les policiers ne le voient pas.»
(source Pelletier et Pontaut "Affaire Merah, l'enquête" chez Michel Lafon)
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C'est carrément énorme. De deux choses l'une et pas trois : soit on l'exfiltre, soit on le perd. Il semble hyper-scabreux que Le Squale ait risqué de relâcher le fauve dans la nature, sachant qu'il avait avoué au téléphone avoir encore une liste de cibles en poche, dont son référent des RG toulousains. Ne parlons même pas des soucis promis au patron¹ de la DCRI s'il en avait été question : il aurait eu droit pour le coup au "crochet de boucher". La morale est sauve si le dispositif l'a perdu ; mais alors quelle bande de branquignoles, à peine bons à tourner des documentaires pour faire mouiller les ménagères de 50 ans !!! Se seraient-ils assoupis en planque ? Puisqu'une enquête interne progresse, on aimerait être destinataire de ses conclusions sur le mode d'opérer retenu à Toulouse, savoir comment réellement un crâne de l'importance de Merah a pu être "perdu".

Une "thèse" court la campagne ; celle de l'infiltré au sein de la mouvance terroriste qui se serait retourné in fine contre son officier traitant, ou bien aurait été découvert par son réseau salafiste. Sicaire sans aveu, il amorce les assassinats à son propre compte pour se venger d'un côté et se dédouaner de l'autre, jusqu'à l'impasse finale qui se termine comme au cinéma par la mort du "héros" :



La question subsidiaire est : fallait-il le prendre vivant ? Les responsables de terrain disent que les atermoiements (30 heures de blocage) et les précautions d'assaut visaient à le prendre vivant, bien qu'il ait été probable que ça finirait en feu d'artifices avec un tueur en série ; mais on aurait pu le gazer comme un blaireau au trou. Au final, sa vie était inutile, les victimes déjà mortes ! Démonter la cellule terroriste ? Remonter la filière ? S'il est tout seul à quoi bon ? Le tuer apporte une certitude, même si on perd des questions. S'il y a cellule autour de lui, ils sont plusieurs, donc à chercher de toute façon, et ce n'est pas l'interrogatoire interminable d'un type au mental d'acier qui aurait fait accoucher la vérité cachée dans le cerveau de Mohamed Merah : la résilience étonnante qu'il a montré dans les dernières heures de sa vie nous en assure. Le dénouement mélodramatique retenu par le pouvoir est affaire de com. Hélas, ce dénouement tragique, après le pied de nez de la sortie invisible, lui apporta une aura que la simple humanité réprouve.

Le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine ; alors le passé est comme s'il n'eût jamais existé. (Avicenne)
C'est bien là le drame, et la surmédiatisation l'empire.




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