28 avr. 2013

Vu de loin

Je reviens de Sirius.
Affalé sur un bac au square du Grand-Chien, je contemplais la Terre en silence. C'est beau quand même, vu de loin. En zoomant, on arrive facilement sur la France qui reste le plus beau pays de la belle planète, vu de loin, parce qu'au près, les détails sont diaboliques.
Comme en de rares endroits bien signalés sur le guide par une étoile rouge, l'Etat qui structure la nation occupant ce pays dévore lentement les peuples qu'il administre. Des Siriusiens assis près de moi m'affirmèrent que les Etats terriens ont ceci de particulier qu'ils ne dévorent que les peuples morts. Ils s'en repaissent pour leur survivre jusqu'au dernier nourrisson, et meurent derrière. Un peu comme les étoiles finalement. Ah bon !
On détecte les peuples "décédés" à ce qu'ils laissent prendre toute l'organisation de leur existence par la collectivité, abandonnent la conduite de leur vie à des codes minutieux, rédigés par des gnomes que jamais on ne voit et qui ont une autorité indiscutable. Tous les problèmes courants de la société sont divisés par les agents de l'Etat pour être résolus dans le détail, en petites parties, parfois ridiculement infimes. La vue d'ensemble n'est utile qu'à  la pérennisation de l'Etat. L'individu est du matériau consommable. Du berceau à la tombe, le Français est individualisé et matricé, mis à la forme comme un chapeau. On lui dicte tout, on l'addicte à tout ce qui le liera à l'Etat ; et la punition des réfractaires - car il y en a - s'exprime par l'hyper-solidarité carcérale, ce que génétiquement le Français redoute le plus. Sans ressort, sans force, naît l'esclave, qui mute bientôt en mort-vivant. Puis il devient un chien, docile et fourni de puces. Le rendre libre est le tuer !

A quoi constate-t-on la mort d'un peuple ? Facile ! À la mort du pays qu'il occupe ! Alors que jusque là ce pays faisait illusion, son gouvernement missionnait des agents aux quatre coins du monde pour défendre ses intérêts, son parlement siégeait pour choisir des alternatives d'importance pour le bien commun de la république, son siège était respecté dans les enceintes internationales, ses industries tenaient leur rang avec panache, ses armées étaient craintes de ses contempteurs, on s'aperçoit un jour, comme dit Jean de Viguerie¹ : «que ce pays n'intéresse plus personne, même pas ses habitants, qu'il tourne comme un satellite, mais qu'il n'y a pas de vie en lui. On dit alors : tiens, il est mort.»

C'est ce qui nous arrive dans la nouvelle dispute franco-allemande. Gonflé à l'hélium par son voyage en Chine - une mission à petit effet, dit en passant - le président français, proconsul allemand, poussé par la caste des retranchés que braquent toutes réformes du régime et de ses privilèges, doit envisager sa "Marche sur Rome" pour plaire au second personnage de l'Etat - le locataire de Lassay - afin d'obtenir le desserrement des contraintes qui brident la nécessaire gabegie française, sans laquelle les clients du pouvoir feront une révolution. Les brigades socialistes sont en péril, le peuple mort respire encore ! Que leur restera-t-il pour vivre et tenir leur rang au matin du prochain cinq août ?
L'intention seule de contrer notre  maître suffit à signer l'incapacité du pouvoir à tenir ses engagements internationaux. La promotion Voltaire aurait pu profiter de l'alternance des équipes pour dénoncer l'asservissement accepté par les Collabos précédents, au lieu de quoi, elle s'est précipitée par pur orgueil à relever ces défis hors de portée du courage national, en même temps qu'elle éditait le bilan catastrophique du gouvernement sortant.

La suite est bien plus simple qu'on ne le dit, affaire de chiffres toujours têtus.  Nous servons une dette s'élevant à 90% de notre produit intérieur brut
au prix déja exorbitant de 47 milliards d'euros par an³. Ce chiffre est un plancher que la France a obtenu des marchés par des taux d'emprunt ridiculement bas, pour la seule raison que les acteurs de marché amalgament les gestions des deux dettes allemande et française, les deux cousins germains étant des partenaires indissociables de l'Eurogroupe et l'attelage moteur de l'Union européenne. Attaquer la Chancellerie - surtout en campagne électorale - c'est rompre l'amalgame. Un mot de travers de la Chancellerie, ou de la Buba, et le charme sera rompu : le roi se montrera nu ; cul nu, Hollande : la France ne réforme rien, perdure dans ses anachronismes communisants, et prostitue ses forces vives, elle ne redresse pas son économie et n'est pas prête à le faire tant qu'elle fiscalisera à outrance tout succès entrepreneurial, et subit durablement le triple déficit, budgétaire! social! commercial!
Les taux d'emprunt français s'envoleront alors sur le marché des dettes, et s'ils n'atteignent encore que ceux appliqués à l'Italie, en pleine réforme structurelle, elle qui dispose d'un réel excédent primaire² que nous n'avons pas, nos taux auront pour le moins doublé ! Doublé ! Les 47 milliards deviendront 90 milliards. Même en tirant du sang des pierres, nous ne les avons pas, sans sequestre de l'épargne des ménages. IL leur faudra "piller" le peuple !
L'Allemagne insultée ne se saignera pas pour sauver la France socialiste qui ameute contre elle en coulisses partout. Sanction : expulsion de l'Eurogroupe... pour la satisfaction des nains économistes qui n'ont jamais bossé et qui se répandent dans les médias pour mettre sur le dos de la devise notre incroyable impéritie. Alors que jusqu'ici, elle nous a protégé de tout et de nous-mêmes d'abord. Retour aux assignats. Mais ceci est une autre histoire.

Tout est clair comme de l'eau de roche, le régime et l'Etat qu'il vampirise courent à la ruine qui sera bien évidemment la nôtre, et le peuple ne bouge toujours pas ! Il est bien mort !


(1) Epilogue des Deux Patries de Jean de Viguerie, rappelé par Le Lien Légitimiste n°50
(2) Solde budgétaire courant avant imputation du service de la Dette
(3) Avec l'arrivée à maturité des emprunts en cours ce sont 170 milliards que France Trésor cherche en 2013 sur les marchés


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