16 juil. 2016

Le Vieux et le Truck (7)

CHAPITRE VII
En garde à vue

Sultan
Au SRPJ de Versailles, la garde à vue fut prononcée. Jimmy raconta l'histoire, dès le début à... Issoudun. Le policier enregistrait. Au matin il proposa le coup de fil. Jimmy appela Denise qui lui dit qu'elle était maintenant rassurée et qu'elle viendrait à la Police ce matin.
- Acceptent-ils les chiens ?
L'inspecteur fit signe que oui, en souriant :
- Justement, votre copain est pisté par les chiens, il a passé la nuit dans le bois et remonte vers le plateau de Satory, pas bon pour lui ça.
- Je sais. C'est la Gendarmerie là-haut, et l'Indien n'obtempèrera pas, répondit Jimmy. Il a déjà fait douze ans pour la même chose, il préfèrera en finir.
- Oui, je le crois, mais c'est un assassin !
- Un meurtrier plutôt. A ce que j'en sais, aucune des deux fois il n'a prémédité son geste. Il serait plutôt dingue. Mais j'avoue que rétrospectivement ça fait peur car il est parfaitement normal, sympa et tout, enfin... d'ordinaire !

Sur ce, Denise entra dans le bureau précédée d'un agent et suivie de Sultan en laisse.
- Elle dit qu'elle a la permission pour le chien, chef.
- Oui, oui.
Il s'arrêta là.
Elle était en beauté, réellement flamboyante, maquillée ce qu'il faut, en corsage de soie grège et jupe droite blanche. Jimmy haussa les sourcils mais ne dit rien. Elle avait passée une bonne heure à se préparer. Pensait-elle vamper la police ? A tout le moins l'effet était là. Sultan se coucha aux pieds de Jimmy et l'inspecteur approcha une chaise : "Je vous en prie".
- Que pouvez-vous nous dire, commença-t-il.
- C'est moi qui aie appelé hier soir la gendarmerie de Poissy pour signaler un type en cavale qui était passé chez moi pour se faire conduire de force à Paris par mon mari. Il n'est que victime de sa gentillesse sous un dehors de... brute. Il a ramassé une première fois ce Madras à Issoudun où l'autre faisait plus ou moins la cloche ; il lui a trouvé un boulot dans la restauration d'un vieux camion du baron de Chârost en payant sa pension au restaurant ; il ne l'a pas enfoncé lors du drame de Chârost car l'autre malade avait, c'est vrai, beaucoup travaillé sur la mécanique sans compter son temps ; c'est un bon mécano des bateaux mais pas plus. Et maintenant, voilà qu'il l'a récupéré à sa porte pour le sauver encore ! De quoi ? c'est à vous à le dire, de lui-même sans doute, mais Jimmy est un type droit.

L'inspecteur acquiesça et avoua qu'il savait que c'était elle qui avait permis l'interpellation sur l'autoroute avant Rocquencourt. Jimmy, un instant surpris, lâcha : "tu as bien fait ! Dans l'embouteillage, je le sentais monter, il devenait dangereux. Ce type devrait être interné dans un asile".
Denise demanda à sortir. L'inspecteur acquiesça mais déclara que la garde à vue ne pourrait pas être levée avant qu'on ait récupéré le fuyard. C'était la procédure.

- Vous pensez alors le prendre, dit tout à coup Jimmy.
- Parfaitement, ce n'est pas une chasse à l'homme de cinéma et il y a des moyens non létaux de le neutraliser.

La nouvelle tomba à midi. Madras avait été stoppé au tazer sur la route de Buc où il faisait du stop au carrefour des Loges ! Plus rusé qu'on ne l'aurait cru, il avait évité le camp des gendarmes. Il s'était laissé prendre et on le ramenait. Il entra dans le bureau vingt minutes plus tard, sale et décoiffé, et on le força sur une chaise :

- Tu as acheté un chien ? dit-il à Jimmy aussitôt. C'était une façon de lui signaler qu'il avait vu Denise en bas.
- Non, je l'ai pris à la SPA. Comme toi !
- Vous connaissez bien ce monsieur, commença l'inspecteur ?
- Ben oui, c'est Jimmy, un pote de l'ancien temps.
- Je vais vous faire écouter sa déposition et vous m'arrêterez quand quelque chose vous choque. Et il démarra l'enregistrement.

Madras écoutait détendu, en hochant la tête par moment, souriant parfois au fil du récit. Mais son regard était très mobile. Jimmy s'en aperçut et Madras croisa le sien en appuyant. La fenêtre n'était pas grillée, malgré les menottes, il courut, brisa la croisée et sauta dans le vide. Il se reçut debout de manière inespérée. Les deux jambes cassées, il hurlait de douleur.

- Et ça continue encore et encore, fredonna Jimmy. C'est que le début, d'accord d'accord !
Il se prit la tête à deux mains pour ne pas entendre l'autre hurler. L'inspecteur ferma la fenêtre machinalement, elle n'avait plus de carreaux.
La cour s'emplissait d'ordres et de cris qui ne parvenaient pas à couvrir les hurlements de Madras.
"Appelez une ambulance des pompiers !"
Et le fuyard de hurler de plus belle.

- C'est un bureau classé à l'inventaire des Monuments historiques, dit l'inspecteur à Jimmy. Votre histoire me fait penser au film l'Emmerdeur avec Jacques Brel et Lino Ventura à Montpellier. C'est à peine croyable. Je pense qu'on va vous lâcher ce soir, mais vous serez convoqué une nouvelle fois chez le juge et cité au procès. Si vous voulez bien, et il lui indiqua la porte où deux agents le récupérèrent pour la cage. Denise envoya deux sandwiches vers deux heures avec une bouteille d'eau de Vittel.

Vers trois heures, il sortit refaire une déposition orale complète à un nouvel inspecteur, déposition qui cette fois fut dactylographiée. A quatre heures, on lui rendait ses affaires, il pourrait récupérer le camion aux Matelots demain matin à partir de 7h. C'était fini.

- On rentre ?
- On va manger quelque chose puis on prendra une chambre avec chien à Versailles.

Madras s'évaderait sans doute de l'hôpital dans deux semaines, deux mois, deux ans. Ils s'en foutaient et partirent faire les boutiques de la Rue Notre-Dame avant d'aller au Chien Qui Fume. Il avait le souvenir d'une poire belle-hélène du feu de Dieu.



(à suivre)


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